Pommes et pépins

Les pépins de Zola seraient-ils à l’origine des pommes de Cézanne ?

On raconte que le futur auteur de Germinal était un enfant souffreteux et timide, en butte à l’hostilité des élèves du collège d’Aix dans lequel Cézanne et Zola étaient condisciples.

Un jour, Cézanne, qui était un solide gaillard, est intervenu physiquement pour défendre et protéger le petit italien.

En remerciement , Zola lui aurait offert un panier de pommes.

Quand Cézanne dit que les pommes, qu’il a croquées en de multiples natures mortes, « viennent de loin », fait-il allusion à cet incident scolaire qui aura été à l’origine d’une amitié qui les liera pendant plus de quarante ans ?

Sans doute l’influence de Chardin, pour lequel Cézanne avait une grande admiration, aura-t-elle été déterminante dans sa prédilection pour ce genre pictural de la nature morte. Mais ce qu’il cherchait, dans son obsession de la pomme, c’était, par le travail sur les couleurs, la volonté d’atteindre la quintessence du fruit, son éternité, en regard, peut-être, de celle d’un sentiment de reconnaissance qui l’aura touché, enfant, au plus profond de son être : le geste affectueux d’un ami, dans le don des pommes de la concorde.

Attitude qui contraste avec l’abîme de la nature morte de son père, abîme de perplexité pour l’enfant Paul , devant la froideur, l’indifférence et l’hostilité d’un honorable Mr Cézanne qui ne voulait rien savoir du désir de peindre de son fils.

I A

Ô Samuel Beckett, ô Ingmar Bergman, bientôt arrivera le jour, déjà arrive le jour, où les livres et les films ne seront plus écrits ni réalisés par personne : la présence réelle de la fausseté de la marchandise dans le mouvement autonome du non-vivant.



Toute sa tête

Dire de quelqu’un qu’  « il a encore toute sa tête », présuppose qu’il pourrait en perdre une partie. Dans ce cas, on serait conduit à évaluer la tête de chacun selon un calcul de proportions : avoir encore une demi-tête, un quart de tête, un tiers de tête, trois quarts de tête…

Qu’en sera-t-il de celui qui, étant marié, mais n’ayant plus qu’une demi- tête, pourra cependant s ‘appuyer sur sa moitié, restante, pour prétendre à l’intégralité des ses facultés intellectuelles ?

Dans « L’amour de la langue », le linguiste JC Milner avance que Tout ne peut pas se dire car, les mots manquant à tout dire, il y a de l’impossible à formuler.

Il indique aussi que pour qu’un Tout puisse se dire , il est nécessaire d’impliquer une limite qui , justement, le garantisse comme un Tout, constructible de manière déterminée.

C’est ainsi que les croyants peuvent considérer l’Univers comme un Tout car ils présupposent, comme limite, le pas-Tout du Créateur qui s’excepte de sa création.

Pour en revenir au Tout de la formulation : « Il a encore toute sa tête », il faut donc poser, comme limite à ce Tout, celle du pas-Tout de la Déraison dont on voit mal comment , contrairement à la Lucidité, on pourrait établir une échelle d’évaluation: demi-dément, quart de dément, tiers de dément, trois quarts de dément…

Sous la Terreur, en 1793, c’était parfois à un cheveu près, que certains concitoyens échappaient au couperet de l’annonce finale :

« Il n’ a plus, du Tout, sa tête. »

L’Ether rare

En 1917, dans « l’Impérialisme, stade suprême du capitalisme », Lénine rattache la concentration du capital et les exportations des capitaux à la loi, établie par Marx, de La baisse tendancielle du taux de profit.

Ce serait au nom de cette loi qui entraîne moins d’investissement dans l’industrie au sein des vieux pays capitalistes que les détenteurs du capital se lancent dans les placements financiers en direction de pays « neufs » en quête de fonds et assurant une rentabilité élevée.

Tous les grands pays faisant de même et cherchant à étendre leur influence, la Grande Guerre est, selon Lénine, un conflit impérialiste de conquête pour le partage du monde, pour la redistribution des colonies et des zones d’influence du capital financier.

Si Lénine était vivant aujourd’hui, il pourrait sans doute faire la même analyse à propos de la guerre en Ukraine, la Russie et Les Etats-Unis, comme puissances impériales, cherchant , comme lors du conflit de 14/18, à étendre leur empire pour exploiter les ressources minières d’un territoire qui recèle en son sol ces fameuses terres rares qui sont aujourd’hui, comme métaux précieux à la base du développement industriel des technologies de pointe à rentabilité élevée.

Guerre et politique impérialiste pour une dévastation des sols, l’exploitation des terres rares conduisant à terme, à l’éther rare.

Trancher

Entre le tri et le tir, il n’y a qu’un « r » à déplacer mais c’est le nerf de la guerre. La Patrie, sans doute, avec son Idéal Majuscule, mais sur le front, là , pas tri, pour ces vie minuscules qui, une à une , sous le feu ennemi, s’affaissent et tombent.

Ça fait ces tombes.

A dormir debout

On s’endort,- et c’est, chaque nuit, un entraînement à la nuit définitive-, dans la foi la plus totale en sa résurrection matinale: les insomniaques, seuls, ces mécréants d’Hypnos, sont tellement effrayés par la certitude de leur ultime disparition , qu’ils répugnent à la grâce de cet exercice nocturne, incertains qu’ils sont de leur réapparition au grand jour.

Cette angoisse, bien évidemment, les met dans de beaux draps.

A vue de nez

Contrairement aux sons qui peuvent, par leur combinaison, se transformer en mélodie, les odeurs, dans leur succession, ne peuvent se transformer en une symphonie parfumée : elles doivent, une à une, enchanter ou froisser, en solo, les narines qui les sentent.

Tombé dans la pomme

Si la pomme de Cézanne se sait regardée, offre-telle au peintre son éclat le plus brillant ou le laisse-t- elle à son intérieur, lui, pour qui, au-delà de la lente flétrissure du fruit et de sa forme, c’est l’éternité de son être qu’il cherche à rendre par la modulation des couleurs.

Matière à réflexe/ions

Si minutieusement enveloppé dans l’obscurité totale et serré dans sa conque crânienne, comment, le cerveau, cette masse gélatineuse, zébrée d’éclairs électriques et parcourue d’intenses variations hormonales, parvient-il à produire de la pensée qui est la matière à son état le plus évanescent, le plus translucide, et , paradoxe absolu, le plus immatériel, s’il est possible, parlant de la matière, d’oser cette alliance des contraires ?