Flash Bach

Notes alignées sur les fils tendus de la partition musicale, autant d’oiseaux à la disposition des cordes, aria des ailes et du vent.

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Tricolore

Tout citoyen français passerait, en moyenne, trois années de sa vie sur le trône des toilettes: dérisoire royauté de la République dont le fondement est le déchet de la monarchie.

Avida Dollars

Surréaliste et cynique attitude du banquier qui, lors du même rendez-vous, propose, à son client, de signer, à la fois, un contrat d’assurance-vie et un contrat d’assurances obsèques !

Un Dali de comptoir! Montre molle de la fraternisation des impossibilités !

La réalité de l’argent, c’est , de la naissance à la mort, la cristallisation de la vie humaine.

Marx le dit avec force dans le Capital :

«Rien qui ne devienne vénal, qui ne se fasse vendre et acheter ! La circulation devient la grande cornue sociale où tout se précipite pour sortir transformé en cristal monnaie ! Rien ne résiste à cette alchimie, pas même les os des saints et encore moins des choses sacro-saintes… » 

Sur un Platon

Le christianisme est un platonisme. Mais c’est un platonisme paradoxal car il prétend, par l’Incarnation du Christ, faire tenir, dans le sensible, ce qui y contrevient absolument, soient les Formes Intelligibles du Bien, du Beau, du Vrai, du Juste… seules réalités véritables, immatérielles, immuables et éternelles, selon Platon, dont les choses sensibles ne sont que la pâle imitation, la copie imparfaite.

En Jean, 14, 6, Jésus proclame de lui-même :

« Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie

Etrange Forme Intelligible que celle de la Vérité et de la Vie, tombée, miraculeusement, sur la paille d’une étable et les copeaux d’une menuiserie.

Par Mont et par veau

Le veau d’or que le peuple hébreux est en train d’adorer alors que Moïse redescend du Mont Sinaï avec les Tables de la Loi: sans doute, dans la vénération de cette idole, l’illustration la plus éclatante de la fétichisation de la marchandise puisque ce totem conjoint , avec l’homophonie de sa désignation, le « veau » du bovidé et le « vaut » de la valeur ajoutée.

Combien d’heures de travail pour la confection de cet animal et au profit de qui ?

Qu’on se le tienne pour dit

Pour produire un énoncé, le plus banal soit-il, deux conditions sont nécessaires : un sujet qui parle et la formulation d’ un message.

Or, en se focalisant sur la teneur du message, on « oublie » le messager qui dit toujours, lui aussi, quelque chose de lui à l’occasion de son énoncé.

Il y a donc toujours un « dire » pour accompagner « un dit » :

Dans le « dit » :« Il fait beau aujourd’hui ! », il faut entendre aussi le « dire », implicite du locuteur : « Je sortirais bien ! » ou une tout autre intention.

Lacan, dans l’Etourdit, ramasse, dans une formule, la nécessité de ces deux pôles d’émission et souligne l’omission de la dimension du « dire » , dans l’écoute, dans ce qui s’entend.

« Qu’on dise reste oublié derrière ce qui ce dit dans ce qui s’entend »

On pourrait, à propos de Marx sur le fétichisme de la marchandise, transposer l’aphorisme de Lacan sur l’oubli du dire du sujet de l’inconscient dans la production de son dit :

On obtiendrait alors cette formule, capitale, dans la production de la marchandise :

« Qu’on travaille reste oublié derrière ce qui vaut dans ce qui se vend.

Sur le divan, le patient oublie, quand il parle de la misère du monde, qu’il parle aussi et encore de lui dans son « dire ». Freud le dit à sa manière :« Quelle est la part qui te revient dans le symptôme dont tu te plains ? »

Le capitaliste, lui, n’oublie pas que c’est le « travail abstrait », le temps de travail humain « oublié » dans la production de la marchandise qui donne la valeur au produit manufacturé qu’il échange sur le marché.


Om mane padme hum

Dans le Gai Savoir, Nietzsche dit que la prière a été inventée pour faire tenir en place un certain nombre de gens qui , sans ce dispositif, ne pourraient faire face à l’agitation des pensées étrangères et basses qui sans cesse les traversent. Le long travail répétitif des lèvres, imposé par le rituel, les fait se tenir tranquilles et , pour un moment , dit-il, les « embellit » et les rend « plus semblables à des hommes »

Nietzsche a sans doute raison de mettre en avant l’effet apaisant de la prière car, dans cet exercice, c’est moins la volonté de s’attirer la ferveur divine qui est recherchée que la perte de signification des mots : ne plus savoir ce qu’on dit, faire du langage une berceuse, voilà, dans la prière, le but recherché.

C’est, avec elle, introduire en soi l’ivresse du derviche tourneur qui, prenant ainsi, au tournant, la morne et douloureuse répétition de l’idée fixe, obtient , avec cette pieuse mécanique du détachement du sens, la paix de la mélopée, le repos de l’âme tourmentée.

Ce que veut la prière, c’est qu’on y perde son latin.