Mr Personne, dit de Roberval

Pouah de naissance!

Schopenhauer et Cioran,

fléaux de la balance.

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C’est la faute à Marot

Voltaire dit de Clément Marot, valet de chambre et poète officiel à la cour de François Ier, que cette plume badine et légère de la Renaissance a rapporté deux choses d’Italie: la vérole et l’accord du participe passé! L’auteur de Candide précise , en outre, qu’entre ces deux calamités, c’est la seconde qui a causé le plus de ravages!

C’est aux dés, un accord de hasard, un avoir à utiliser,

selon la bonne fortune de son placement.

Chancre du cancre,

tréponème pâle de la dictée.

l’orthographe de ce vieux  PP, finalement :  une maladie textuellement transmissible.

Kant à moi

Pour Kant, l’espace et le temps ne sont pas des propriétés des choses, n’existent pas en soi, mais sont les formes a priori de notre intuition sensible dans lesquelles  les phénomènes du monde nous sont donnés .

Dire que l’espace est une forme a priori de l’intuition sensible revient à dire qu’il est impossible de se représenter l’absence d’espace.. .

Par contre , il est tout à fait possible de se représenter l’absence d’un objet dans l’espace, le vide qu’il laisse, mais il est impossible de se représenter l’absence d’espace, forme a priori de l’intuition sensible .

De même , pour le temps, forme à priori de l’intuition sensible qui conditionne la loi de la causalité, laquelle, affirmant qu’il n’y a pas d’effet sans cause, affirme, du même coup, que cet effet suppose toujours une antériorité : le feu précède toujours la fumée.

Espace et temps marquent donc la limitation irrémédiable de notre connaissance, l’impossibilité de connaître autre chose que les phénomènes qui, d’emblée, nous sont donnés par notre intuition sensible.

Pour concevoir ce qui lui est donné immédiatement par l’intuition sensible, dans les formes de l’espace et du temps, l’homme doit pouvoir ordonner ce flux sensoriel, le ranger dans des concepts : c’est le travail de l’entendement .

Une connaissance qui ne serait pas réceptive ni par l’intuition sensible ni par l’entendement, hors espace et hors temps, cette connaissance serait créatrice : seul Dieu pourrait y prétendre .

L’impossibilité de savoir ce qu’est le monde hors les formes que lui imposent l’espace et le temps : raison de la science.

On ne connaît que ce qui est objet d’expérience dans les limites spatio-temporelles. Inutile d’aller chercher la lune: pas de fusée Apollo hors temps, hors espace.

Conclusion de l’Enquête sur l’entendement humain de David Hume :

« Que nous faut-il détruire ? Si nous prenons en main un quelconque volume de théologie ou de métaphysique scolastique, par exemple, demandons-nous: Contient-il des raisonnements expérimentaux sur des questions de fait et d’existence ? Non . Alors, mettez -le au feu car il ne contient que sophismes et illusions. »

Impossible de douter de l’espace et du temps.

On peut toujours rêver, halluciner, douter du témoignage des sens, ces égarements imaginaires se produiront toujours dans les formes a priori de l’intuition sensible, fussent-elles distordues dans l’espace ou étirées dans le temps.

Le poète Henri Michaux , en quête d’un savoir sur les mystères du psychisme, explore les méandres de sa conscience sous l’effet de la mescaline et n’obtient qu’un « misérable miracle » Il se moque lui-même des visions de music-hall intérieur auquel il assiste, témoin halluciné d’un « spectacle complètement crétin » au « rythme grotesque » « aux images ridiculement étirées »

Si le dieu Mescalito, le temps d’un voyage immobile, bouscule l’espace et distend le temps, il ne peut rien contre ces deux formes a priori de l’intuition sensible qui lui imposent de produire sa fantasmagorie  à l’intérieur même de leur enceinte.

Pas d’inquiétude à avoir : le fou qui se prend pour une poule connaît l’adresse de son poulailler et pond, à l’heure dite, un œuf de pacotille .

On pourrait croire au miracle si , justement, ces deux limites de l’espace et du temps étaient franchies. Or, elles ne le sont jamais. Même la résurrection des morts, et celle du Christ en particulier, obéit à la double contrainte de l’espace et du temps : on dépose le corps crucifié et c’est le troisième jour, devant le tombeau vide, que Marie de Magdala, saisie d’effroi, s’entend dire par deux hommes aux habits éblouissants :

«  Il n’est pas ici. Il est ressuscité. Il fallait qu’il soit crucifié et qu’il ressuscite le troisième jour . »

Rien, au-delà des limites imposées par les formes à priori de l’espace et du temps, n’est possible en terme de connaissance.

Impossible, en effet, de concevoir un terme à la recherche de causes car celle-ci est prise dans la forme à priori de l’espace et du temps : on peut toujours remonter à une antériorité.

C’est le chapelet du « pourquoi ? » des enfants.

Mais rien n’interdit, cependant, d’utiliser la loi de la causalité – un effet présuppose nécessairement une cause- pour s’affranchir des limites imposées par la double forme a priori de l’espace et du temps – seules capables de produire un savoir-: on s’aventure alors dans le domaine imaginaire de la foi .

On peut préférer la croyance au savoir et affirmer, par exemple, au nom de la loi de la causalité que cette dernière doit trouver une butée, un point d’arrêt .

ll faut une Cause libre, dit-on, un commencement absolu, une Cause qui ne dépendrait pas de causes antérieures.

Ce faisant, on oublie que la revendication d’une Cause libre, Première, est une contradiction interne car elle s’appuie sur le principe même de causalité qu’elle veut réfuter : une Cause Libre, en effet, commencerait …sans cause !

A ce titre , le principe de causalité peut aussi bien être utilisé pour affirmer qu’il n’y a pas de fumée sans feu que pour soutenir qu’il y a un Univers, et donc , un Créateur !

La différence est cependant de taille.

Pour la première acception, le lien de causalité est temporel , pris dans l’intuition sensible à priori: il faut d’abord le feu pour produire la fumée. Alors que le second,- le rapport entre L’univers et un Créateur,- s’affranchit des contraintes spatiales et temporelles pour être pensé sans jamais pouvoir être connu.

On peut toujours imaginer un Créateur- non borné par les limites du temps et de l’espace – puisqu’il est supposé être à l’origine de leur création.

On peut toujours imaginer un Univers -hors sol- duquel, comme spectateur, on s’affranchirait, imaginairement, des limites spatiales et temporelles qu’il impose à tout être doué d’un entendement pour produire un savoir.

Rien n’empêche de penser à ce qu’il est interdit de connaître.

Rien n’empêche d’éprouver Dieu mais tout interdit raisonnablement, faute d’expérience spatiale et temporelle, de le prouver.

Hors espace et hors temps, pas même une comète à la dérive, Dieu, sans queue ni tête.

Hic et Nunc

Ici et Maintenant, les deux mamelles des thuriféraires de la vérité absolue, les trois planètes de l’espace, du temps et du moi étant parfaitement alignées dans la certitude sensible d’une saisie immédiate du contenu le plus riche et le plus chatoyant de la réalité.

Eclair du haiku: il fait nuit, là, maintenant.

Hegel propose de mettre à l’épreuve la validité de cette certitude sensible de la conscience en la notant par écrit.

La relisant, le lendemain, à midi, la vérité du « il fait nuit, là , maintenant », à l’évidence, disparaît puisque la certitude sensible du « maintenant » s’évanouit aussi, s’évapore avec le passage du temps: « maintenant », il est midi.

Ce qui demeure, quand le temps passe, ce n’est ni la nuit ni le jour, mais un « maintenant » parfaitement indéterminé , une pure désignation, une coquille vide, qui , à l’instar du tampon administratif, tamponne, avec la variété de ses encres, la divisibilité de la succession temporelle.

Si « maintenant » peut être jour et nuit, midi et minuit, si son contenu est sans  cesse variable, c’est qu’il est indifférent à ses déterminations successives: jour et nuit, midi  et minuit, ne sont pas la  chair du maintenant, son être mais , dira Hegel, un pur négatif, un universel.

On croyait, avec ce « maintenant« , saisir un moment bien particulier, la réalité dans la plénitude de sa sa singularité, on n’y rencontrait, en fait, que le négatif , l’universel de la langue.

Ce que je vise, c’est un moment, actuel, dans sa singularité absolue et incomparable, ce coucher de soleil, là, maintenant, mais ce que je dis, dans l’universel du langage, désigne , au contraire, n’importe quel instant, identique à tous les autres.

Aussi longtemps que je me tais, – mais quand je me tais, je pense et donc je parle encore-, je peux me représenter la perfection et la singularité de ce » maintenant » mais dès que je parle, je réfute aussitôt cette représentation, pris que je suis dans le bas de contention de la langue qui fait, de ce « maintenant », un universel.

« C’est le langage qui est le plus vrai », dit Hegel. Pas la certitude sensible. Et il ajoute:

« Le « maintenant«  est justement de n’être déjà plus quand il est »

Un négatif, un néant.

Hégélien en diable, Lacan dira : le mot est le meurtre de la chose.

Ainsi la certitude sensible d’un savoir  absolu, dans l’immédiateté de la sensation, d’un « maintenant « unique et singulier, apprend que la médiation symbolique du langage est la condition d’un véritable savoir.

C’est dans l’universel de la  langue que réside la vérité puisque que chaque « maintenant » contient une multiplicité d’instants , de « maintenant » « singuliers »  et « riches ».

Main tenant quoi, au fait?

Rien

Sinon la main de  l’universel, qui est le vrai de la certitude sensible.

Sa balise

La distraction du marin: oublier sa balise sur le quai.

Partir à l’aveugle sans point de repère. Ironie de l’écriture qui part de balise comme point de mouillage, première donnée de navigation sur la mer des mots.

C’est aussi partir à l’aventure sur les eaux du langage dont on ne sait quelle vague viendra soulever, un moment, un bout de voix, une trouvaille venue des fonds que la marée des mots, sans cesse, remue.

La balise, fruit du balisier, plante des Tropiques.

On dit aussi canna, son nom scientifique 

Le Lucifer est un canna nain aux fleurs rouges, plante flamboyante

Aux Noces de Cana, pas d’enfer luxuriant mais, quand même du rouge, l’eau changée en vin : Jésus liquide l’affaire par un miracle

Défaire sa balise: se débarrasser des points de repère, ignorer la voie à suivre et les obstacles à éviter, ne pas chercher des yeux le dispositif de signalisation .

Ce serait quoi, ses fixes, à lui ? Ils sont tous plus ou moins tombés à l’eau, pense-t-il.

La-haut, tout là- haut, le muezzin qui, dans le petit matin de son minaret, s’égosille à tout va : balise aérienne, voie dans le ciel, chenal pour se laisser conduire par le Coran.

Avoir des balises sous les yeux : fatigue du regard qui ne peut s’égarer, prendre la poudre d’escampette, changer de couloir .

Le pape a la Croix pour horizon et le Ciel comme cap pour sa flotte vaticane. Ce sont ses balises, ses rails. Pas question, pour lui, d’avoir un regard louche, comme dirait Descartes, de lorgner sur des espaces vierges de toute semence biblique.

Et si un jour, se levant de sa couche de soie, le Souverain Pontife voyait, comme Max Jacob, à Montparnasse, le 22 septembre 1909, apparaître un ange sur le mur de sa chambre ?

Un ange, sans ailes, avec, disons, la tête de Schopenhauer, traînant son caniche blanc au bout de sa laisse et lui révélant, à ce pontife, telle une annonciation, qu’en fait, l’univers n’est qu’une Volonté aveugle, privée de toute balise, le Vouloir-Vivre filant, sans cause, à la reproduction incessante du Même.

Le vieil Arthur le dit : « La vie est est une affaire dont le revenu est loin de couvrir les frais… »

Et il prend l’exemple de la taupe :

«  Creuser avec difficulté au moyen de ses pattes énormes en forme de palettes, telle est l’occupation de toute sa vie ; une nuit constante l’environne ; elle n’a ses yeux embryonnaires que pour fuir la lumière…Que lui vaut cette existence si riche en peines, si pauvre en joies ? La nourriture et l’accouplement, c’est à dire rien de plus que les moyens de poursuivre la même triste carrière et de la recommencer, dans un nouvel individu.

De tels exemples sont la preuve frappante qu’entre les fatigues et les tourments de la vie et le produit ou le gain qu’on en retire, il n’y a aucune proportion… »

La taupe du Vatican, – sans le bénéfice, au moins supposé, de l’accouplement -, croit, elle, que l’extrémité de la galerie quelle fouit de ses pattes immaculées et blanches débouche sur le Ciel lumineux de la Résurrection !

La balise de la Vie Eternelle au fond du trou !

Baliser : avoir peur. Etrange paradoxe d’un verbe qui associe la crainte avec la sécurité de la signalisation et la prévention de l’obstacle.

Comme s’il était inquiétant de se déplacer en terrain sûr, de ne pas redouter le danger.

Entre balise et valise, permutation d’une consonne et le sens se fait la malle du point de repère au contenant du voyage

C’est rassurant d’avoir au pied sa valise : memento de soi à portée de main .

Il se souvient de La Valise de Ponge et ne résiste pas à en ouvrir le couvercle :

« Ma valise m’accompagne au massif de la Vanoise, et déjà ses nickels brillent et son cuir épais embaume. Je l’empaume, je lui flatte le dos, l’encolure et le plat. Car ce coffre comme un livre plein d’un trésor de plis blancs : ma vêture singulière, ma lecture familière et mon plus simple attirail, oui, ce coffre comme un livre est aussi comme un cheval, fidèle contre mes jambes, que je selle, je harnache, pose sur un petit banc, selle et bride, bride et sangle ou dessangle dans la chambre de l’hôtel proverbial.

Oui, au voyageur moderne sa valise en somme reste comme un reste de cheval. »

Qu’aurait fait le poète du Parti pris des choses avec, partant pour la Vanoise, une valise de détresse sous les yeux ?