Sire, de la concision!

Genèse, 17 :

« Abram tomba la face contre terre et Dieu lui parla ainsi:l’on ne t’appellera plus Abram mais Abraham car je te fais père d’une multitude de peuples…J’instituerai mon alliance entre toi et moi et ta race après toi, de génération en génération, une alliance perpétuelle…Et voici mon alliance qui sera observée entre moi et vous, c’est à dire ta race après toi : que tous vos mâles soient circoncis. Vous ferez circoncire la chair de votre prépuce et ce sera le signe de l’alliance entre moi et vous. Quand ils auront 8 jours, tous vos mâles seront circoncis, de génération en génération… »

On n’y coupe pas: on ne naît et on ne meurt qu’une seule fois. De même, pas de peau avec la circoncision qui ne donne jamais une deuxième chance à l’homme de restaurer son intégrité.

Pré,puce électronique, ou comment, à l’ère du numérique, inscrire la circoncision dans le circuit intégré du judaïsme et de l’islam .

Dans le judaïsme, la circoncision, un anneau de chair prélevé sur le sexe mâle, est la marque de l’union du peuple élu avec son Dieu : on peut, dans le mariage chrétien, lui préférer une alliance en or.

Pour St Paul, si le respect des 613 commandements de la Loi Mosaïque vient à disparaître au profit de la seule foi au Christ, alors la circoncision, n’étant plus signe de rien, devient inutile.Bénéfice net pour les chrétiens :l’eau du baptême est plus douce sur le front que la lame du sacrificateur sur la verge.

Le père de Van Gogh, pasteur protestant ne pouvant voir la circoncision en peinture, ce sera, pour Vincent, le fils, le prépuce à l’oreille…

Concision, seul mot du dictionnaire qui donne à voir la réalité de la circoncision : la disparition de son préfixe cir, c’est, à la lettre, son prépuce, tranché par l’incisif de la langue.

Pendant les 8 jours qui précèdent la circoncision juive, le nourrisson demeure dans l’anonymat :on Nathan , on Nathan, on Nathan…que de la chair tombe pour qu’enfin le nom du bébé apparaisse ! 

Cirque concision : tout ça, ce sang versé, cette souffrance, pour établir une alliance avec un Dieu glandeur, l’absence en Personne.

Vers le 13° siècle avant J.-C., Les Hébreux adoptent la circoncision, ce rituel sacré des Egyptiens, pratique d’abord réservée aux seuls prêtres, adorateurs de Râ, d’Horus et d’Osiris, pour être ensuite étendue à tous les jeunes hommes de la société égyptienne

Paradoxe, pour les Juifs, de vouloir ressembler à ceux qui les ont si longtemps opprimés et tenus en esclavage. Les Egyptiens, en effet, méprisaient les incirconcis, situation du peuple juif lors de son exil en Egypte.

Pour lever la honte de l’incirconcision et se distinguer en même temps de leurs oppresseurs égyptiens, la mutilation sera pratiquée sur les nourrissons, mais cette fois, à huit jours, et non plus sur les jeunes garçons. On y gagne largement au change : c’est tout petits, prémices de la haine installée, qu’ils sauront que la lame ne rentre jamais au fourreau…

La Genèse,chap 18 :

 « Tandis qu’il était assis à l’entrée de la tente, au plus chaud du jour , Yahvé apparut à Abraham, au Chêne de Mambré, alors que ce dernier venait de se faire circoncire à l’âge de 99 ans . Y -a-t-il un lien de causalité entre le nom du lieu-dit, le Chêne de Mambré, et la nouvelle situation physique du patriarche centenaire ? Dans l’affirmative, tout espoir alors n’est pas perdu pour les vieillards qui, orphelins de la pilule bleue, pourront-toujours en appeler au divin scalpel pour un rafraîchissement salvateur…

Etrange signe que celui de la circoncision qui, visiblement, répugne à la visibilité car, la plupart du temps caché par le vêtement, ce signe distinctif de l’alliance, ne s’expose, à la vue, que dans l’intimité.

Etrange retrait de l’Initiateur du signe de l’Alliance, ce Yahvé qui , visiblement, tient à rester caché sous le voile de l’absence, quand , sous les aboiements des SS et la menace de mort, on demande à voir, chez l’homme tremblant d’effroi, le signe visible de sa judéité.

Moïse dit de lui-même qu’il était un incirconcis des lèvres car il bégayait : trop égyptien pour parler hébreux sans l’accent du Nil,parole heurtée, langue boiteuse, comme si ses lèvres , recouvertes d’un prépuce symbolique, étaient trop larges, trop épaisses pour parler correctement.

Prépuce, avec son mécanisme d’enroulement et de déroulement sur son axe, volet pour la levée du jour, volet pour la tombée de la nuit, volet roulant pour le plaisir .

Selon Alain Froment, dans son Anatomie impertinente, la nudité, chez les Grecs, était admise, spécialement pendant les soirées passées à boire – les symposia– et en gymnastique. La seule condition exigée était de ne pas être psolos, soit le gland découvert. Aussi, pour les compétitions sportives , les athlètes s’attachaient le prépuce avec une laisse de chien…En cas de prépuce trop court, Dioscorides recommandait de le coller avec du miel et Galien d’y suspendre des poids…Que du bonheur, alors , la circoncision… !

La fête du Saint-Prépuce, ou la célébration de la circoncision de Jésus, a très longtemps été commémorée, le 1 janvier, dans l’Eglise Catholique . En solennisant cet acte, 8 jours exactement après Noël, L’Eglise reconnaissait sa filiation avec le judaïsme, affirmant, implicitement, que le commencement de l’ère chrétienne ne pouvait être soustrait au huitième jour, rituel le plus sacré des juifs, celui qui incarne l’alliance avec son Dieu.

Pourquoi, comme le prépuce du Messie, ce culte a-t-il soudain disparu, dans les années 70, au profit de la célébration de Sainte -Marie, mère de Dieu?

Sans doute, faut-il voir, dans cette suppression, la trace du conflit oedipien qui agite ces deux religions : le coup de pied de l’âne de la religion du Fils à l’égard de celle du Père, la pause, par le Concile Vatican II, dans son accusation, contre les Juifs, de parricide de Dieu, n’étant justement qu’une pose, un semblant, cette élimination de la cérémonie du huitième jour, affirmant, en fait, un reniement des origines, un désaveu de filiation, un meurtre symbolique du Père pour un retour incestueux dans le giron de Marie, mère de Dieu…

L’Islam, comme à son habitude, a fait son marché chez ses deux sœurs , a préféré l’aînée et adopté la circoncision comme marquage identitaire, avec une préférence pour la coupe à la mode égyptienne.

Le Coran ,étant muet sur la circoncision, qu’en est-il de celle , putative, du Prophète ?

Seul peut circoncire celui qui a déjà été circoncis. Seul peut pratiquer l’analyse celui qui a déjà été analysé . Où l’on voit qu’avec ces artisans de la coupure, réelle pour l’un, symbolique pour l’autre, l’inconscient a la Bible pour divan.

Une chair avec de la peau à l’extérieur et une muqueuse à l’intérieur, c’est une lèvre. Aussi peut-on dire que si le clitoris est l’organe pénien spécifique du plaisir féminin , alors le prépuce est l’organe vaginal spécifique du plaisir masculin. Pourquoi condamner l’excision et fermer l’oeil sur la circoncision?

Il faudrait mettre le prépuce à l’oreille de tous les tenants des mutilations religieuses.

La circoncision a plus d’un tour dans son sac à mâle lisse.

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Conversion

Actes des Apôtres, 9

« Il faisait route et approchait de Damas quand soudain une lumière venue du ciel l’enveloppa de sa clarté.Tombant à terre de son cheval, il entendit une voix qui lui disait : « Saoul, Saoul, pourquoi me persécutes -tu ?- « Qui es-tu, Seigneur ? »  « Je suis Jésus que tu persécutes . Mais relève toi, entre dans la ville et l’on te dira ce que tu dois faire »…

Saul se releva de terre mais quoiqu’il eût les yeux ouverts , il ne voyait rien. On le conduisit par la main pour le faire entrer à Damas.

Trois jours durant il resta sans voir…

Il passa quelques jours avec les disciples à Damas et aussitôt il se mit à prêcher Jésus dans les synagogues, proclamant qu’il est le Fils de Dieu. Tous ceux qui l’entendaient étaient stupéfaits et disaient : » « N’est-ce pas là celui qui, à Jérusalem, s’acharnait sur ceux qui invoquent ce nom et n’est-il pas venu ici tout exprès pour les amener enchaînés aux grands prêtres ?… »

Entendant une voix venue du ciel et aveuglé par un éclair, Paul de Tarse, le Saoul du récit biblique, tombe de cheval alors qu’il est en mission pour emprisonner des disciples de la jeune secte chrétienne et perd, temporairement, la vue.

Conversion, dit le texte, conversion brutale, le fervent prosélyte du judaïsme, retournant casaque, devient, sous l’effet d’une révélation divine, l’ardent défenseur de ses ennemis jurés de la veille…

Ce n’est peut-être, après tout, qu’une atteinte neurologique, la clarté venue du ciel, qui l’aveugle, pouvant être identifiée au halo blanc qui accompagne une crise d’épilepsie touchant le lobe occipital du cerveau …

Mais gardons le terme de conversion et plongeons le dans le chaudron freudien….

Pour Freud, conversion signifie qu’une énergie libidinale se détache d’une représentation mentale, se modifie, se convertit au niveau du corps.

C’est un classique des mécanismes de défense de l’hystérie. En 1910, il écrit un article : « Le trouble psychogène de la vision » dans lequel il indique que les aveugles , par hystérie, ne sont aveugles que pour la conscience : dans l’inconscient, ils sont voyants.

Autrement dit, quelque chose qui, sur le plan sexuel , a cherché consciemment à se satisfaire mais s’est heurté à la censure du sur-moi, devient, par culpabilité, tellement insupportable pour le moi que cette représentation n’est plus investie mais déplacée et convertie sur un organe du corps qui reste cependant en lien avec cette représentation maintenant refoulée.

Et Freud d’indiquer que, lors de l’apparition d’un trouble de la vision , d’une cécité temporaire, « c’est comme si s’élevait dans l’individu une voix qui disait : puisque tu voulais user de ton organe de la vision pour un mauvais plaisir des sens, c’est bien fait pour toi, maintenant tu ne vois plus du tout ! »

Par un télescopage historique et la magie de l’anachronisme, pourquoi ne pas imaginer Paul de Tarse, caracolant sur sa bête, avec, en tête, dans une sorte de rêve éveillé, la vision de la belle Lady Godiva, histoire que Freud se plaît à rappeler dans son article, pour illustrer le mécanisme de la conversion ?

Au XI° siècle en Angleterre, Lady Godiva est la très belle épouse de Léofric, seigneur de Coventry qui, pour financer ses guerres, harcèle de taxes ses sujets. Sensible aux conditions difficiles d’existence des habitants de Coventry, Lady Godiva plaide régulièrement auprès de son époux pour une réduction d’impôts. En vain.

Par ailleurs , si elle est très belle, elle est également fort prude, la dame ne se livrant aux ardeurs de son mari que dans l’obscurité et jamais entièrement déshabillée .

Exaspéré par les demandes incessantes de sa femme, il lui fait comprendre qu’il ne réduira les impôts qu’à la condition qu’elle traverse- nue et à cheval- la ville de Coventry…

Il pense ainsi la réduire au silence tant sa crainte de la nudité est importante…

Contre toute attente,elle le prend au mot et demande aux habitants de Coventry de rester chez eux lors de son passage dans la ville pour que personne ne puisse la voir nue . Toute personne qui enfreindrait cet interdit serait sévèrement punie.

Ainsi , vêtue seulement des ses longs cheveux qui cachent sa poitrine, Lady Godiva traverse, nue et à dos de cheval, la ville.

On dit que seul un tailleur, du nom de Peeping Tom, osa transgresser l’interdit .

Il devint aveugle sur le champ et pour le reste de ses jours…

Un homme à cheval, dans la mosaïque de ses fantasmes, rêve d’une femme nue à cheval…

La conversion de Paul de Tarse, frappé de cécité sur le chemin de Damas, aurait-elle alors plus à voir avec la punition prononcée par un Sur-Moi féroce , tonnant du Ciel, contre la satisfaction libidinale de l’apôtre, qu’avec la conversion religieuse dans l’abandon du judaïsme pour le ralliement au christianisme ?

N’est-ce pas , d’ailleurs, le même Paul, en hystérique, qui, dans son Epître aux Galates, proclamera, plus tard, que désormais, grâce au baptême, il n’y a plus ni juif ni grec, ni esclave, ni homme libre, ni homme ni femme ,car tous ne font plus qu’un dans le Christ, refoulant ainsi la seule question qui taraude l’hystérique , à savoir le mystère de son identité sexuelle : suis-je un homme ou une femme ?

Conversion à l’oeil, pour un disciple zèlè, à cheval sur ses principes mais un peu juste sur la conduite de ses intérêts pulsionnels .

Sa Marie

On comprend que Jésus ne suive pas les recommandations des scribes et des pharisiens qui, lui présentant une femme adultère, lui demande, si en bon juif, il approuve la Loi de Moïse qui ordonne de lapider les femmes coupables d’une telle faute …

Fils d’une mère célibataire, Marie, et élevé par Joseph, un père adoptif qui n’est pas son géniteur, comment aurait-il pu jeter la pierre à une telle femme ?

Aux canaris

Chez les oiseaux chanteurs , le canari domestique est un virtuose, les mâles les plus attractifs pour les femelles , étant ceux capables de déployer des signaux honnêtes, soient des chants très difficiles à contrefaire pour des mâles moins doués pour la vocalisation.

Pas de faussaires (ou de faux airs) chez le canari soucieux de séduire sa belle.

Les femelles ont une prédilection marquée pour une structure particulière du chant du mâle, qu’on appelle la séquence A, ou plus joliment , la phrase sexy…

Seuls , bien évidemment , les virtuoses y arrivent. Même avec une belle plume, n’est pas Proust qui veut.

Pour écrire une telle phrase, une telle lettre d’amour, il faut être capables de réunir cinq conditions.

D’abord,il faut soutenir un tempo syllabique élevé : 15 syllabes complexes par seconde, plus de 30 notes par minute…

Ensuite, une ouverture fréquentielle large (4khz) qui témoigne du dégagement, par alternance, des deux bronches de la syrinx, l’organe du chant de l’oiseau : la droite, pour les fréquences élevées, la gauche, pour les basses.

L’inclusion, impérative, dans la syllabe complexe, d’éléments présentant des fréquences basses.

La complexité syllabique également car chaque note de la syllabe, étant produite par une bronche différente, il faut utiliser , par une alternance très rapide, les deux bronches de la syrinx.

Enfin, la capacité de maintenir le plus longtemps possible ce tempo syllabique…

A cela , il faut ajouter que les deux hémisphères cérébraux, impliqués dans cette performance, doivent coordonner leur activité, le canari domestique devenant une sorte de jongleur asynchrone, lançant à toute vitesse, bronche gauche, bronche droite, ses trilles vers le ciel…

Comment, pour une belle à plumes, résister à une telle prouesse ?

La femelle canari n’en peut mais qui, par ses vocalisations en retour, les mouvements de sa tête et de sa queue, les vibrations de ses ailes, va alors donner son assentiment au virtuose du chant pour le plus grand bonheur de l’espèce, vérifiant l’observation de Darwin qui affirme que « La Nature ne s’occupe aucunement des apparences à moins que l’apparence n’ait quelque utilité pour les êtres vivants. »

Pour autant,on ne laisse pas au large les canaris quand on examine un peu le chant de l’homme , ce drôle d’oiseau domestique qui, lui aussi, doit donner de la voix et y aller de ses signaux honnêtes,de sa phrase sexy, pour charmer sa compagne et assurer ainsi sa descendance.

Schopenhauer ne s’y est pas trompé qui assure, sans broncher, que l’amour n’est qu’une ruse utilisée par la poussée aveugle et irrésistible du Vouloir-Vivre, afin d’assurer la reproduction et la perpétuation de l’espèce humaine, tromperie sans laquelle l’être parlant aurait vite baissé les bras, effaré par une existence de souffrance et d’ennui dans laquelle chacun finit, après avoir fait naufrage, par rentrer au port avec son vaisseau désemparé .

Mais plutôt que de continuer à étriller l’homme, ce porte-plume peu inspiré dans l’exécution de sa phrase sexy, il convient peut-être de terminer sur une note musicale, celle exprimée par Rousseau dans son Essai sur l’origine des langues.

Pour Jean-Jacques, en effet, les langues, avant d’être une algèbre, ont d’abord été une musique, les premiers hommes, à l’instar des canaris domestiques, laissant libre cours à leurs passions dans une parole au plus près des sons :

« Pour émouvoir un jeune coeur, la nature dicte des accents, des cris, des plaintes.Voilà les premiers mots inventés , et voilà pourquoi les premières langues furent chantantes et passionnées avant d’être simples et méthodiques »

Aux canaris, il n’est pas donné de vocaliser en espagnol, mais, de leurs petites bronches, gonflées comme des outres, s’échappe, à la vitesse de la lumière,une cascade de phrases sexy, ruisselant aux oreilles de leurs partenaires, langue rare et unique de signaux honnêtes.

Faire genre

Chez les goélands, on peut trouver des femelles qui forment des couples de lesbiennes et quand l’une d’entre elles va copuler avec un mâle, elle ne va installer aucun lien durable avec lui : une fois, leurs ovules fécondés, elles vont nidifier ensemble et élever leurs petits sans aucune aide extérieure.

Même chose chez les cygnes noirs qui peuvent former un couple gay après avoir temporairement honoré une femelle et l’avoir fertilisée. Quand elle a pondu ses œufs, ils la chassent pour s’occuper, seuls et avec succès, des jeunes oiseaux.

Pas de Procréation Médicalement Assistée, encore, pour les couples de goélandes qui, par répugnance, auraient résisté aux ardeurs des mâles et seraient restées stériles…

Pas de Gestation Pour Autrui, encore pour les cygnes noirs, qui certainement, au nom de l’égalité des sexes, vont manifester bruyamment leurs désir de progéniture au cas où une femelle récalcitrante aurait baissé pavillon devant leur peu d’enthousiasme à engendrer avec la gente féminine

Où pourraient donc, chez ces palmipèdes, nicher des lois de bioéthique, qui d’un coup de plume, conforteraient et leur orientation sexuelle et leur désir de procréation en cas de défaillance  des seuls géniteurs autorisés mis en service par la Nature ?