Sèche, elle: la science

Ne faudrait-il pas, disent-ils, à l’exemple de ces oiseaux de feu, les fous à pieds rouges des Seychelles, équiper de puces électroniques, la cervelle des déments à idées noires qui battent de l’aile dans leur réserve? On pourrait alors, disent-ils, mesurer l’ampleur de leur plongeon dans les profondeurs opaques du délire qui les noie et ramener, pourquoi pas, à l’air pur et raréfié de la Raison, quelques spécimens fraîchement baptisés dans les eaux lustrales de la Science…!

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Amare

Amare, de la latine, donne, en bout de chaîne aimer, en français. Les amarres ne doivent rien à l’ancrage étymologique du verbe amare, mais l’aimée, quand elle le largue, laisse à l’eau aller les larmes de celui dont elle ne veut plus qu’il tienne au quai de son cœur. Ferre l’amour, si tu le peux, quand l’abîme de l’abandon t’aspire à sa malédiction ! Dans son De natura rerum, le poète latin Lucrèce évoque, les pieds sur le rivage, le bonheur sûr d’être au sol quand, sur la mer, l’esquif emporté par les flots laisse aux vagues des bras qui battent en vain à la recherche d’un appui. Les corps d’âge, dans les liens défaits de la vieillesse, filins sans attaches sur la jetée nue. A marée, la basse , amare, quand à l’infini le sable humide cherche sa mer dont les plis vagues et les creux laissent au loin entendre le nécessaire retour, le largué cherche aussi celle qui dans les lames, file déjà au large, le regard sur les flots traînant l’amure de la voile, et, dans son sillage, une écoute qui bat, glissement humide du dernier adieu à l’attachement.

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Lit bidon de la libido

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Dans le baiser des amants, la langue tourne autour d’un point vide et s’acharne à dire l’amour contre la paroi lisse de muqueuses assassines.

Ils s’aiment accord perdu.

Que l’homme et la femme ne puissent se rejoindre, on le vérifie à la tentative mille fois répétée de leur précaire ajustement.

L’abysse sexualité

Chez les animaux, la première fois, c’est la bonne. Dans la bourgeoisie aussi, parfois, la première fois, c’est la bonne.

Il n’y appât de rapport sexuel.

Sans boiter l’un dans l’autre, version lumineuse du rapport sexuel, qu’il n’y a pas .

Triangle et castagnettes, couacs du sexophone: file, harmonie des cors!

Etre félin pour l’autre.

Je hèle: toute demande est dans ce je/elle.

L’hallalibido du corps, crocs à la chair de la meute pulsionnelle.

A mère phallique, père falot.

Ferre l’amour! Qu’il tienne à l’âme, ton poison!

Le choix de se lier à celui-ci ou à celle-là, sous le couvert de l’amour, tient à l’aveugle détermination du désir. On ne saura jamais ce qui, dans l’autre, nous accroche et tient à d’obscures liaisons/lésions infantiles.

L’amour est tôt, tôt érotique.

L’orgasme de Marie chavire aussi les anges dans un chapelet de plumes et de poudre d’or.

Et pourtant, une main seule ne peut se serrer la main.

 

 

 

Soprano s’offre à nous

Chaque être se signe par sa voix, et le souvenir de la voix d’un mort trouble plus que les traits du visage qui, avec le temps, lentement s’effacent et se défont. Nuée d’oiseaux qui, dans la trille, soudain s’élance de la gorge de la soprano, essaim sonore sous la voûte, virevolte du timbre qui ne laisse au lied de Schubert « Der Hirt auf dem Felsen » que la frêle ossature du sens pour capter, dans les modulations du souffle, comme un vent qui la trouble, oriflamme du chant dont les mots sont des sons qui flottent et claquent sous la voûte blanche, voix, vrille de la chose absente à la source du vide, lame de fond,- venue de quelle mer- , qui arrache à soi, être et disparaître avec elle dans le tremblement de ses cordes, sentiment exquis de la première et dernière fois, certitude absolue d’être témoin d’une présence éphémère, d’une apparition qui va s’évanouir, d’une voix, non pas qu’on écoute, mais qui vous déchire et vous troue.

Charme

En cas d’orage, ma vieille branche, être sous le charme ne met pas à l’abri du coup de foudre. Tout au contraire !

Mais combien, mon cher Hamlet, être ou ne pas être sous l’hêtre manque de charme !

Charme tombe de carmen : chant, formule magique, incantation.

Ulysse pour ne pas tomber sous le charme du chant des sirènes est attaché au mât du navire, oreilles bouchées.

Hêtre dur de la feuille et se porter, pourtant, comme un charme .

Jankélévitch dit du charme qu’il est évasif, pas plus repérable que localisable. Pas dans le regard, pas dans le sourire: où ?

 Il s’échappe tout en étant toujours présent, comme la musique ou le parfum qu’on ne peut ni voir ni toucher.

Radioactivité de la chose charmante , ça diffuse. Enveloppe le sujet, fascination de la présence.

Fait de rien et toujours autre chose que la grâce, le naturel.

Un-je-ne -sais-quoi, dit Jankélévitch, un résidu insaisissable.

Présence de l’âme : un corps qui charme est un corps animé

Jankélévitch, toujours, et sa théologie négative du charme. Voici ses non-attributs: «indicible,ineffable,impalpable,inexplicable,irréductible, indivisible,indéfinissable,inexprimable. »

Ce qui fait le charme du charme, c’est, finalement, son impossibilité à le définir.

Charmant, comme mot, charme !

Anagramme de charme : marche. Le charme, ça marche.

Monter les marches du Palais, au Festival de Cannes : cette fois, ce sont les charmes de ces dames qui se donnent à voir, leurs attraits

Un pluriel, et le charme s’évanouit dans les blandices des seins.

Est-ce trop, les stars, cet « s » au bout de vos appâts ?

Deuxième anagramme : mâcher. Ne pas mâcher ses mots : peu de chance d’être sous le charme de l’interlocuteur quand ce dernier s’emporte contre vous dans sa diatribe !

S’acharmer contre quelqu’un :  vouloir, à tout prix, lui trouver un petit quelque chose, y mettre du chien malgré la désolation du regard, l’insipidité de la voix, le désert de la conversation.

Le charme des penseurs tristes pour lesquels vivre est une sale hébétude, un tic dont il faut au plus tôt se défaire.

Un pli à renvoyer à l’expéditeur.

On dit du charme qu’il est marcescent : ses feuillent meurent à l’automne mais restent sur l’arbre.

Marcescent: qu’il en soit donc ainsi de ce charme, à peine planté sur cette feuille, mais que l’automne de l’écriture a jauni aussi vite qu’un printemps présomptueux en a suscité la pousse.

Marre de ce charme insaisissable qui se refuse à tomber sous la plume.

Cessant, donc.