Le mot amour

 Le mot « amour » échappe à la chimie : ce n’est pas de l’ocytocine, de la dopamine, des endorphines. L’addiction est salée pour le corps se pliant aux combinaisons atomiques des éléments qui disposent de ses affections et, aux phéromones, du soin de l’élection de l’être aimé. Le « mot amour », lui , c’est , chez Racine, l’alchimie des vocables : j’aime… à ce nom fatal, je tremble, je frissonne .

Divin divan

Il y a quelque chose du miracle dans l’évidence du lapsus ou de l’acte manqué. La Sainte Vierge de l’inconscient apparaît soudain dans la grotte du dévot du divan: le message est clair, l’oracle sans appel. Laisser ses clefs dans la serrure ne peut être que  la manifestation d’un désir sexuel refoulé. Aussi, c’est avec un air pénétré et un regard humide que le fidèle, pris en flagrant délit d’insuffisance libidinale, ira déposer, dans l’oreille de son confesseur freudien, la pépite de sa jouissance, à lui-même, en fin révélée.

Cannibale attitude

C’est une invention du Concile de Trente, le pain et le vin partagés au dernier repas deviennent le corps et le sang du Christ: transsubstantiation, disent-ils. Se mange-t-il lui-même ou bien nous le fait-il à l’estomac? L’autophagie divine est délicieuse, un miracle de poésie fugace. Pourquoi, d’ailleurs, se donne-t-il à la mastication? Rien d’autre que Dieu à se mettre sous la dent?

Judas l’a à l’oeil, qui bientôt va le livrer: il le dévore, à son aise, avec les autres. Il boit le sang qu’il n’ a pas encore fait couler. Il incorpore celui qui va mourir pour la multitude.

Cannibale attitude, vampire au coup tordu.

Il ne se courbait pas

La terre était vague et vide, les ténèbres couvraient l’abîme, l’ennui de Dieu planait sur les eaux. L’origine du monde n’est pas, dans Courbet, le néant mélancolique de l’Un mais un trou noir, une aspiration. Les lèvres ouvertes disent la lumière et les mers, les astres et les vivants, la divinité de la chair.

Ce tableau caché était dans le cabinet de Lacan, gémissements et noeuds du désir.