Duplication de la mère, duplicité du Législateur

Ainsi , sur l’extrait d’acte de naissance d’un enfant, né de l’une des partenaires d’un couple de femmes, post PMA, on verra apparaître l’appellation Mère et Mère, les deux, il est vrai, allant de pair. Cependant, par préséance, le nom de celle qui a porté l’enfant apparaîtra en premier. La seconde, n’étant que l’ombre portée de la première, son clone imaginaire, il est normal qu’elle ne prenne que la deuxième place sur l’échelle des mères. Quant au père, qui selon l’adage latin était, par principe, incertus alors que la mère était toujours certissima, il est dorénavant desertus…, porté disparu.

On avait , dans un premier temps, pensé à Parent1, Parent 2, pour désigner ces heureuses génitrices, tout en paillettes. Mais on a trouvé que , finalement, cette qualification peinait un peu à évoquer la différence des sexes que, sans barguigner, la désignation archaïque de , père et mère, signifiait autrefois, tout simplement, dans les temps reculés.

Heureusement que le Législateur, dans sa grande sagesse, n’a pas opté pour Mère 1, Mère 2, car, on aurait pu alors, avec un peu de malice, s’amuser à entendre, dans cet attelage de pure modernité, une étrange euphonie chatouillant salement l’oreille : « mes reins, merdeux », ce qui aurait pu jeter l’opprobre sur la Mère 2, qui, préférant l’imaginaire de la fonction maternelle au réel de la conception, a préféré inscrire son désir de maternité inassouvi dans la brèche désormais ouverte du désordre symbolique institué par un Législateur, décidément, hors pair !

Soleil noir

On estime, actuellement, à 5 milliards d’années la disparition du Soleil, cette naine jaune de la Voie Lactée et, à des centaines de milliards d’années, l’espérance de vie du Cosmos. A la mort thermique de l’Univers, Dieu, dont le nom s’est mis à briller à l’occasion de l’apparition, tout à fait aléatoire, de l’espèce humaine, aura-t-il, dans la perspective d’un Eternel Retour, le panache nietzschéen de rallumer alors la mèche pour un deuxième Big-Bang ?

Plage de rêve

Un homme, lentement, avance sur le sable brûlant, tenant par la main sa femme avec, à ses côtés, ses deux enfants, marchant, tous les trois au pas lent du père, lequel porte, sur chaque épaule, un perroquet aux couleurs chatoyantes. On dirait, petite cohorte multicolore, la Légion défilant sur les Champs- Elysées de la plage. Tous les yeux se tournent vers cet équipage insolite. Image onirique que celle de ce père, encadré par ses deux anges gardiens, volatiles créature divines, tenant sous leurs ailes, un Adam et sa petite famille qui seraient sortis tout droit du Jardin d’Eden ou des eaux lustrales de la mer, avant la civilisation.

Danser

Se caler sur le pas de l’enfant

qui hésite, titube et tombe,

la chute est, dans la danse,

la hantise de la danse,

ce pas, si beau, sous lequel,

le monde,

comme un pendule,

oscille,

se tenir le pied en équilibre,

là, dans le là du seul instant qui soit,

dans l’ombre de la demeure première,

où le corps, sans obstacle, nageait,

danse d’avant la danse,

nageait, dans l’eau lubrifiante de la mère,

danse, au sol maintenant de la dure terre,

et, sans le fardeau de soi, se perdre

dans l’élément liquide du mouvement,

errant au coeur léger qui va, dans l’espace,

oiseau glissant sous l’aile soyeuse de l’air,

geste , auprès de la lumière,

geste de l’ouverture,

geste de l’abandon.

L’ara, lit vide

Vola-t-il? Vola-t-il ?

Le perroquet a beau répéter, à s’en casser la voix, qu’il n’y est pour rien dans le vol de sa compagne, qu’il n’y a pas d’arme au nid, pas d’arme au nid, pas d’arme au nid, le poulet lui passe les menottes et l’emmène au poste.

L’Hostie, un os

Ce n’est pas de l’extérieur, d’un quelconque sceptique ou d’un athée pervers mais bien de l’intérieur de la Maison que viendra le coup le plus rude porté contre la doctrine de La Transsubstantiation.

Vérité de la foi catholique qui affirme la présence réelle du corps et du sang du Christ sous les espèces du pain et du vin, consacrés lors de la cérémonie de l’Eucharistie.

Présence réelle, charnelle, du corps du Crucifié et non pas une manifestation symbolique, une métaphore, telle que le soutiendront les Réformés.

C’est en effet, un évêque anglican, véritable cheval de Troie du Christianisme, le révérend Tillotson qui, dans A discours against Transsubstantiation, en 1685, mettra à mal le dogme de la Transsubstantiation, promulgué en 1215 par le Concile de Latran IV et réaffirmé avec force par le Concile de Trente.

Quel est l’argument du révérend Tillotson dont David Hume soulignera l’élégance et dont il se souviendra dans sa propre critique des miracles dans son Enquête sur l’entendement humain ?

Pour l’évêque, ce dogme sape les fondements même du christianisme.

En effet, dans Les Ecritures, quelle est la principale preuve sur laquelle s’appuient les Apôtres pour convaincre les hommes de la Vérité du christianisme ? Les miracles. Ceux que Jésus a réalisés et principalement, celui de sa propre résurrection, miracle entre tous, s’il en est.

Les disciples en ont été les témoins oculaires. Ils ont vu les miracles. Certains d’entre eux ont mangé avec le Ressuscité , ont parlé avec lui, et Thomas, le sceptique, l’ a touché, a mis le doigt sur ses plaies pour vérifier que c’était bien lui.

La vision, le goût, le toucher, en clair, les organes des sens, sur lesquels s’appuient tous les témoignages, sont mobilisés en vue d’établir la vérité du christianisme.

C’est sur ce qui a été vu, entendu, touché et dit que sont établis les fondements du christianisme et, en particulier, la croyance en la Résurrection.

St Paul ne cessera de l’affirmer :

« Si le Christ n’est pas ressuscité, votre foi est sans objet »

Or, avec la Transsubstantiation, rideau sur les sens.

Circulez, il n’y a rien à voir et tout à croire.

Avec ce dogme , on est dans le refus total d’accorder la moindre fiabilité à nos organes des sens pour établir un rapport assuré et stable avec la réalité.

Or, on ne peut, sans le moindre doute, s’appuyer totalement sur les organes des sens, – la vue en particulier,- pour affirmer la réalité de la Résurrection et , en même temps, récuser toute crédibilité à ces mêmes organes en soutenant que le pain et le vin, offerts à la vue de chacun, ne sont aucunement du pain et du vin mais bien la présence réelle du Christ ressuscité .

Et le révérend, alors, de conclure :

« Supposons que la Transsubstantiation soit vraie : dans ce cas, tous nos sens sont trompés par la chose la plus palpable du monde- du pain, du vin-, et où il est le plus difficile de se tromper car on ne peut avoir , en même temps, dans l’esprit, deux idées plus différentes que celle d’un petit morceau de pain et celle du corps entier d’un homme !

Si la Transsubstantiation est vraie, alors elle est toute la Vérité car elle ne peut être vraie que si nos sens, et les sens de tous les hommes, se trompent toujours au sujet de leurs objets propres. Si elle est vraie et certaine, alors rien d’autre ne peut l’être car si nous ne pouvons être certains de ce que nous voyons, nous ne pouvons être certains de rien.

L’homme qui peut être amené à contredire ses sens et à nier leurs informations ne possède plus aucune certitude. De quoi peut-il être certain, s’il n’est pas certain de ce qu’il voit ?

Dans certaines circonstances, nos sens peuvent nous tromper mais aucune faculté ne nous trompe aussi peu ni aussi rarement. Et quand, effectivement, nos sens nous trompent , nous ne pouvons encore corriger cette erreur qu’à l’aide de nos sens… »

Toute la théorie de la Transsubstantiation repose donc sur l’idée, paradoxale, d’un changement de substance qui n’implique aucun changement des qualités sensibles de « l’objet » soumis à la transformation : le pain et le vin, restent, à l’oeil, du pain et du vin…

Une transsubstantiation gratuite, à l’oeil, en quelque sorte.

Par définition, il n’y a donc aucun témoignage sensoriel possible des effets de la consécration du pain et du vin.

Pourquoi alors soumettre au verdict de la vision des fidèles, par l’élévation de l’hostie, l’évidence que , décidément , il n’y a rien à voir…?

Regardez bien l’invisible, en tant qu’invisible.

Lacan dirait : ce disque blanc, élevé à grands renforts de clochettes et de génuflexions, c’est un pur signifiant, sans signifié, un signe minimal sans aucune commune mesure avec la richesse exceptionnelle de ce qu’il est supposé incarner: le Christ même, ressuscité, en chair et en os…

Dans la liturgie catholique, au moment où célébrant la messe, le prêtre s’apprête lui même à communier, il détache un morceau d’hostie, rituel symbolisant la plaie, infligée par la lance, au côté du Crucifié. Manière de rapprocher le corps eucharistique du Christ de son corps charnel.

Sang blague, on fait ce qu’on peut, l’ami, avec ce pain qui n’en est plus, tout en étant, pour donner figure humaine à une vielle croûte qui n’arrive pas à se dépêtrer du pétrin de la Transsubstantiation!