Chat roux varie

 

Lisse lame, cimeterre, mort sur le cou: reconduire au corps morcelé, fragmenté et éparpillé du nourrisson, voilà la visée de la Guerre sainte ! Dieu, dans la basilique de  Saint-Denis, a l’oreille collée  au tympan du portail: il compte, jaloux, les prières qui montent en rafales vers son jumeau au Croissant. Les tas islamiques: dépouilles du califat du squat, rue de la République. Dans les couloirs du Bataclan, un petit chat roux court après sa queue comme une proix à capturer: il ne sait pas qu’elle est de lui. Le terroriste, qui s’y ramasse, sourit d’une telle naïveté et tire un premier coup sur une jeune fille à la chevelure de miel. La musique, les cris, les allah, les akbar, et tout le bataclan de la tartufferie du Levant.

Jacques  Lacan invente le stade du miroir dans lequel le tout-petit, d’abord dispersé, s’approprie, un jour, dans la jubilation et avec l’aide d’un tiers, l’image unifiée de son être. Le fou d’Allah engendre, lui, sous les balles, le stade du mouroir et renvoie le jeune adulte, qui assiste au concert, à son morcellement humiliant,  à sa fragmentation initiale, à l’impuissnce rageuse de ses premiers pas désordonnés. A la mort. Les corps en mille morceaux, dans la fosse et sur la scène,  sont autant de débris de l’image éclatée du fanatique lui-même qui , par haine de soi et à défaut de pouvoir s’abîmer dans la jouissance  autolâtre d’une image  sans faille de sa personne, se  pulvérise dans les visages glacés d’effroi qui lui font face et dont, sourdement,il  envie la grâce et l’innocence qu’il va maintenant défaire! Au jeu de l’ego du Narcisse à la kalach, répond la mort réelle du passionné de musique,  ferveur éteinte sur un sol  de cendres.

Fauve qui peut

Le parc en bois du petit Raphaël est un parc à barreaux amovibles. Il s’y déplace, comme un fauve en cage qui n’aurait plus, de la savane, que le souvenir estompé de l’herbe sèche et des nuits de traque sous la lune rase. Ses proies, à lui, sont des cubes de plastic, des autos, des bouts de musique enchâssés dans des livres durs. Son index gauche gratte toute surface polie comme source possible de vie, trace à élaborer de son passage tactile sur la dureté industrielle. Il se hisse , de guingois, à la force du poignet, et titubant, passe une tête à hauteur de demi-homme: ses yeux n’ont pas l’éclat de ceux des félins qui sentent, imminente, la déchirure des os et le flux du sang de leur victime sous le silex de leurs crocs : ils guettent, eux, étonnés et immensément doux, l’approbation parentale de l’effort d’élévation qu’il a fourni pour se dresser jusqu’à la verticalité de la civilisation. Sa liberté de déplacement se mesure au carré de sa clôture de menuiserie. Un jour, le père, décide, par jeu, d’ôter quatre barreaux à l’enceinte, offrant, gouffre de liberté dans l’enclos de la contrainte, une découpe à traverser, un vide où se faufiler. L’enfant laisse ouverte la porte et ne passe pas la main à travers l’espace dégagé pour récupérer la balle qui se trouve, maintenant, à l’extérieur. L’univers est déjà barré, pour Raphaël, à l’échelle de son parc. Chesterton l’a dit dans Orthodoxie : « Vous pouvez délivrer un tigre des barreaux de sa cage ; vous ne pouvez pas le délivrer de ses rayures. »