Charme

En cas d’orage, ma vieille branche, être sous le charme ne met pas à l’abri du coup de foudre. Tout au contraire !

Mais combien, mon cher Hamlet, être ou ne pas être sous l’hêtre manque de charme !

Charme tombe de carmen : chant, formule magique, incantation.

Ulysse pour ne pas tomber sous le charme du chant des sirènes est attaché au mât du navire, oreilles bouchées.

Hêtre dur de la feuille et se porter, pourtant, comme un charme .

Jankélévitch dit du charme qu’il est évasif, pas plus repérable que localisable. Pas dans le regard, pas dans le sourire: où ?

 Il s’échappe tout en étant toujours présent, comme la musique ou le parfum qu’on ne peut ni voir ni toucher.

Radioactivité de la chose charmante , ça diffuse. Enveloppe le sujet, fascination de la présence.

Fait de rien et toujours autre chose que la grâce, le naturel.

Un-je-ne -sais-quoi, dit Jankélévitch, un résidu insaisissable.

Présence de l’âme : un corps qui charme est un corps animé

Jankélévitch, toujours, et sa théologie négative du charme. Voici ses non-attributs: «indicible,ineffable,impalpable,inexplicable,irréductible, indivisible,indéfinissable,inexprimable. »

Ce qui fait le charme du charme, c’est, finalement, son impossibilité à le définir.

Charmant, comme mot, charme !

Anagramme de charme : marche. Le charme, ça marche.

Monter les marches du Palais, au Festival de Cannes : cette fois, ce sont les charmes de ces dames qui se donnent à voir, leurs attraits

Un pluriel, et le charme s’évanouit dans les blandices des seins.

Est-ce trop, les stars, cet « s » au bout de vos appâts ?

Deuxième anagramme : mâcher. Ne pas mâcher ses mots : peu de chance d’être sous le charme de l’interlocuteur quand ce dernier s’emporte contre vous dans sa diatribe !

S’acharmer contre quelqu’un :  vouloir, à tout prix, lui trouver un petit quelque chose, y mettre du chien malgré la désolation du regard, l’insipidité de la voix, le désert de la conversation.

Le charme des penseurs tristes pour lesquels vivre est une sale hébétude, un tic dont il faut au plus tôt se défaire.

Un pli à renvoyer à l’expéditeur.

On dit du charme qu’il est marcescent : ses feuillent meurent à l’automne mais restent sur l’arbre.

Marcescent: qu’il en soit donc ainsi de ce charme, à peine planté sur cette feuille, mais que l’automne de l’écriture a jauni aussi vite qu’un printemps présomptueux en a suscité la pousse.

Marre de ce charme insaisissable qui se refuse à tomber sous la plume.

Cessant, donc.

Du dire

Royauté de l’homme: son entrée dans le langage s’est faite en son palais.

L’homme n’est pas le berger de l’être mais l’hébergé du verbe.

Dire la fleur ne la rend pas présente, ainsi de soi, qui , de se dire, toujours s’absente.

En tout état de cause, on naît sans le dire et on est ce qu’on peut dire.

Du dit vain au dit vent, verbe pélerin que nulle basilique ne hante.

Bois au taillis, ainsi le serf du langage qui remue d’autant plus la tête qu’il s’enfonce dans l’entrelacs du sens.

Je, suie, cendre verbale.

Tout ce qu’il croit être ne sera jamais que ce qu’il croit être, par contre, ce qu’il peut dire et comme il peut le dire sera ce qu’il est.

Les mots filent, bon sang!

Du dire