Opaque animal

Raphaël, n’ayant encore, de la langue, que le bruissement des prémices, se plie aux exigences de l’étiquette de sa peluche, opaque animal,  qu’il explore comme une Amérique réduite au timbre-poste, glisse avec son index sur la figurine qu’il ne peut encore faire pivoter en la crochetant, glisse sur les choses comme, sur l’eau, le cygne, sans faire de vagues. Aucun homme , dans la désespérance la plus noire que lui auraient donné le temps et les blessures du non-dit , du retrait et de la traîtrise de ses semblables, ne peut, s’il s’abandonne à l’intensité innocente du regard bleu qui l’aspire, résister, ne serait-ce qu’un instant, à l’appel de la douceur de vivre. Tout homme, ayant donné , par lassitude, sa foi, au pessimisme, sait, à quel point il est optimiste quand il mesure, devant l’enchantement de l’être petit qui déploie autour de soi ses bras et ses jambes, la profondeur de sa dette envers ce qui l’a créé et lui a permis de s’appeler par tel ou tel nom. A l’intérieur de tout esprit, profondément, sommeille le grand étonnement d’exister, prêt à jaillir à la première occasion. Réduit à ses limites essentielles, le simple fait d’être au monde, qu’en miroir, la profondeur abyssale d’un regard d’enfant renvoie avec une telle puissance, est assez extraordinaire pour être exaltant. Oh! Pas qu’animal, Raphaël, ce petit animé qui, de son dedans, pousse au dehors le souffle qui cherche à dire sa ferveur de vivre !

Resurrexit sicut dixit, alleluia!

Il ressuscite le troisième jour. Que la mort ne soit pas le terme d’une existence purement contingente et sans ailleurs,  voilà la conviction  de milliards de personnes sur la planète. Il ressuscite pour l’éternité dans un corps glorieux. Thomas y met le doigt et sent sous la plaie la chair maintenant imputrescible. Il voit, et se tâtant, croit. Que dire aux animaux d’un au-delà de gloire, eux qui attendent, butés, le choc électrique de l’abattoir et l’acier des chambres froides?

Ipomée

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Quand j’ai emménagé chez moi, il y a 3 ans, j’ai voulu recouvrir une treille de lierre pour masquer un vilain mur et m’entourer de vert. Le lierre, c’est connu, ça couvre bien. Le vert, c’est connu, c’est l’espoir. Je l’ai soigné, aimé, bichonné, il a poussé un peu et encore un peu et TOUJOURS un peu. Patience et travail mènent à la récompense. C’est pas ça?

Quand il est tombé malade, j’ai redoublé d’attention et de soins, remisant au loin ma déception. Pourtant en me promenant, j’ai commencé à laisser traîner un oeil  sur les jardins avoisinants. De l’un d’eux, jaillisait une montagne de fleurs d’un violet profond. Elle émergeait d’un fouillis invraisemblable de branches et de verdure. Quelque chose de complétement désordonné qui évoquait la forêt vierge.

Mon lierre, sans doute pour lutter contre les champignons et parasites a stoppé sa croissance. Dans un même temps, je me suis documentée…le volubulis du voisin portait maintenant un nom.

Et un jour, j’ai craqué…Viré le lierre limaçon. Quelques graines d’ipomée, cousine du volubilis, plantées là où il fallait et j’ai vécu en direct l’histoire de Jack et ses haricots.

Cette plante m’épate! Son appétence m’enchante. Un mois après la « mise en terre », elle a recouvert la treille et continue de lancer à l’aveugle ses lassos accrocheurs. Elle m’épate mais devient presqu’inquiétante, rien ne semble pouvoir l’arrêter.

Le laborieux qui demandait tant de soins a disparu. La légère insouciante apparaît et ne se laissera pas arrêter. C’est comme ça et c’est bien.

Agnès y moins paumée