Mai en Mars

Evoquer la planète Mars avec son petit fils de quatre ans, c’est déjà, grand-père septuagénaire, être pour lui, cet astre cramoisi à deux lunes, si étrange et si lointain… A moins que, par la magie propre à l’enfance, les distances soudain s’effacent, et que, dans les yeux de Raphaël, les deux planètes, pour un bref instant, se rejoignent et glissent sur le même axe de la tendresse partagée.

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Quand Dieu prend les rennes

La botte secrète de Dieu, sa hotte empoisonnée, c’est d’arriver à faire croire à la plupart des hommes, et pour toute leur vie, qu’Il existe, alors que ces mêmes hommes s’empressent, très rapidement après un premier mensonge, d’ouvrir les yeux de leurs enfants sur le caractère imaginaire et fallacieux de la réalité du bonhomme au manteau rouge et à la barbe blanche.

Quand la luge du Père Noël s’efface dans les brumes de l’enfance flouée, c’est, prenant le relais, le renne de Dieu qui arrive…

Sur moi le divan

Monter sur un fauteuil en osier dont on sait que l’assise est incertaine, saisir, au plus haut de la bibliothèque, le Séminaire de Lacan sur l’Angoisse et soudain, désarçonné, tomber brutalement à la renverse sur le sol, la tête heurtant violemment l’arête vive du divan .

Patatras de l’objet chu !

Le sang, Lacan , le divan..

Clin d’oeil amusé du surmoi de ce type qui tombe à la renverse avec l’Angoisse entre les mains, ce type qui pensait, des tours retors de l’inconscient et du séminaire, ne plus avoir cure.

Nous, l’avion

Qui se moque du phobique de l’avion, terrorisé à l’idée d’être laissé seul et sans appui, suspendu pendant des heures en l’air, à la merci d’un coup dans l’aile ou à la panne subite d’un réacteur, ne voit-il donc pas qu’il est, tous les jours, et chaque seconde de sa vie, suspendu, lui- aussi, à une boule qui tourne 24h heures sur elle-même et autour du soleil, lancé, aveugle , dans l’infini d’un espace sidéral où, comme le dit Pascal, « nous voguons sur un milieu vaste, toujours incertains et flottants, poussés d’un bout vers l’autre. Quelque terme où nous pensions nous attacher et nous affermir, il branle et nous quitte ; et si nous le suivons, il échappe à nos prises, nous glisse et nous fuit d’une fuite éternelle. Rien ne s’arrête pour nous. C’est l’état qui nous est naturel, et toutefois le plus contraire à notre inclination ; nous brûlons de désir de trouver une assiette stable, et une dernière base constante pour y édifier une tour qui s’élève à l’infini ; mais tout notre fondement craque, et la terre s’ouvre jusqu’aux abîmes. »