Jelly fish toi là

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Colibris

Pierres précieuses du vol, les colibris topaze, à ailes de saphir ou à gorge de rubis sont, minuscules étincelles d’azur, les seuls, parmi les oiseaux, à pouvoir voler à reculons. Le colibri demi-deuil partage, avec ses congénères, ce privilège de la marche arrière en plein vol, laissant au chagrin le seul battement d’une aile quand la seconde , aspirant à la voltige des hauteurs, palpite de la joie sans nom du vivant.

Cambyse fut venu

Dans le livre III de son « Enquête », Hérodote met en scène, Cambyse II, roi des Perses au VI° siècle avant JC. Deux anecdotes le concernant témoignent de sa férocité.

Ayant appris qu’un certain Sisammès, juge de son état, avait accepté de se faire corrompre en graciant un coupable et en faisant condamner un innocent, Cambyse II le condamna à être écorché vif pour le punir de l’indignité de son comportement.

Comble de raffinement dans la cruauté, il fit tendre, sur un siège, des bandes de peau détachées du supplicié et ordonna au fils du juge corrompu de lui succéder, comme magistrat, en le contraignant à rendre justice, assis sur le siège tapissé de la peau de son père !

Manière de lui rappeler à jamais le sort réservé aux corrompus ! Le peintre flamand, Gérard David, en a tiré un diptyque effrayant, exposé à l’Hôtel de Ville de Bruges.

Au cours de son règne, la sauvagerie de Cambyse II ne fit qu’augmenter de telle sorte qu’il passait pour fou aux yeux de ses sujets. Ayant eu vent de la rumeur de folie le concernant, le tyran convoqua son conseiller Préxaspe et lui demanda, calmement, de vérifier, par lui-même, si les Perses disaient vrai ou déraisonnaient complètement.

Une épreuve en décidera.

Comme le fils du conseiller avait accompagné son père à l’audience, le roi indiqua qu’il allait tirer sur lui et s’il l’atteignait en plein coeur, ce serait la démonstration la plus claire que le peuple avait perdu la raison! Par contre, s’il manquait son coup, alors le conseiller pourra dire que son maître avait perdu la tête !

Il tend alors son arc et tire sur le jeune homme qui s’effondre. Cambyse II fit ouvrir le corps pour vérifier la justesse de son coup : la flèche était fichée en plein coeur ! Au comble de la joie, il se retourna vers le père en riant :

-« Tu vois ! Je ne suis pas fou ! C’est le peuple qui est dément ! As-tu vu quelqu’un atteindre aussi bien son but ? » Et le père accablé, mais craignant pour sa vie, répondit :

– « Maître, le dieu , je crois, n’aurait pas aussi bien visé ! »

L’exactitude technique pour supplanter la rectitude morale au même titre qu’un siège, «  cruellement humanisé  », force mécaniquement le juge à rendre une justice sans faille : il y va de sa peau !

Ces deux histoires montrent à quel point le proverbe « tel père, tel fils » est faux puisque Cyrus le Grand , fondateur de l’Empire Perse, et père de Cambyse II, est considéré comme un prince magnanime et généreux, respectueux des mœurs et des croyances des peuples conquis, libérateur des Juifs déportés à Babylone, reconstructeur du Temple de Jérusalem au point d’être considéré, dans la Bible, comme un homme béni de Dieu !

Cambyse II voulait-il la peau de son père ?

Jugeait-il qu’il était trop long à mourir pour prendre sa place ? Voulait-il en faire le siège pour en venir à bout ? Etait-il trop impatient de sa mort, comme sous les remparts de Péluse, cette ville du delta du Nil qu’il voulait conquérir et dont le siège s’éternisait ?

Connaissant l’adoration des Egyptiens pour le chat, il ordonna alors, selon la légende, d’attacher des chats vivants sur les boucliers de 600 de ses soldats, contraignant ainsi ses ennemis à une reddition immédiate, épouvantés à l’idée de faire du mal au divin félin!

La mort du père perce sous la peau du fils toujours écorché vif dans sa cambuse.

S’asseoir sur le père, mauvais calcul.

Le chat, sur le siège, ne juge pas.

Assomption

 

Assomption : assumptio, action de prendre avec soi ; de ad-sumere, assumere : tirer à soi.

Passivité de l’assomption : être enlevée au ciel , portée par les anges.

Qui la tire ? Son Fils la tire ?

Son Fils l’attire.

C’est tiré par les cheveux, cette histoire.

Qui assume quoi dans cette affaire ?

C’est Pie XII qui le 1 novembre 1950, dans la constitution Munificentissimus Deus, définit le dogme de l’Assomption :

« Marie, après avoir achevé le cours de sa vie terrestre,a été élevée en corps et en âme à la gloire céleste. »

Il ne dit pas qu’elle est morte mais qu’elle « a achevé le cours de sa vie »

D’ailleurs comment pourrait elle mourir, être soumise à la corruption des corps et à la décomposition, elle qui ,ayant eu une conception immaculée, échappe, par définition, à la malédiction du péché originel et à ses conséquences : le travail, la souffrance et la mort.

Marie est Théotokos, Mère de Dieu : le corps qui a porté Dieu peut-il connaître la corruption ?

Mais en même temps comment aurait-elle pu y échapper alors que son fils, Jésus, a lui-même connu la mort ?

Dans la tradition orthodoxe, on parle de dormition. La dormition de Marie. Elle serait réellement morte mais ressuscitée.

Selon certains écrits apocryphes, Marie aurait atteint l’âge de 59 ans quand l’ange Gabriel lui apparut en lui annonçant qu’elle serait bientôt réunie à son Fils. Après que le Christ eut reçu l’âme de sa mère, les apôtres portèrent le corps de la Vierge jusqu’au tombeau à Gethsémanie.

En cours de route, un juif du nom de Jéphonias voulut se saisir du corps pour le profaner mais un ange , avec une épée de feu, lui trancha aussitôt les deux mains qui restèrent suspendues en l’air !

Mains en l’air !

Après que Jéphonias eut proclamé la sainteté de la Vierge, Saint-Pierre rattacha les deux membres tranchés aux bras du repenti ! Devant un tel miracle , les juifs présents se convertirent et proclamèrent la gloire du Christ !

L’Eglise n’y va pas de main morte quand il s’agit d’asseoir l’autorité du Fils de la Vierge !

Plus prudent que l’église orthodoxe, Pie XII donc, ne tranche pas sur la dormition mais parle « dun achèvement du cours de la vie terrestre »

Peut-être a-t-il peur qu’on lui cherche des crosses, le Pie. Déjà qu’avec la solution finale, concernant les juifs, il n’a pas été très clair ni courageux.

Ici , au moins, avec Marie, il n’est de fumée que celle de l’encens qui accompagne sa céleste élévation vers les cieux : pas de crémation à l’horizon.

Elle monte, visiblement,  mais toute passive, attirée par le Fils, assis en gloire et majesté à la droite du Père.

Tout a commencé pour elle avec l’Annonciation.

Gabriel, déjà présent, lui annonce qu’elle aura un enfant qui sera le Fils de Dieu. Surprise, elle s’en étonne. Ne comprend pas mais répond finalement :

« Qu’il me me soit fait selon ta parole »

Pour que l’Incarnation de Dieu soit possible, il faut la réponse positive de Marie.

L’Incarnation de Dieu !

Il faut donc, pour cela, que Jésus ait une double nature , à la fois humaine et divine. Pour qu’il soit le Verbe incarné, il doit être à la fois vrai homme et vrai Dieu.

Pas du semblant. La nature humaine doit lui appartenir comme substance, pas comme accident. Et s’il est vrai Dieu,  sa substance doit être celle du Verbe divin.

Comment deux substances peuvent -elles coexister dans le même être ?

Bernardin de Saint-Pierre, subtile prédicateur du XV° siècle, s’y colle et, à grand renfort d’oxymores, fait tenir l’intenable :

«  L’Incarnation est le moment où l’Eternité vient dans le temps, l’immensité dans la mesure, le Créateur dans la créature, Dieu dans l’homme, la vie dans la mort, l’infigurable dans le figurable, l’inénarrable dans le discours, l’inexplicable dans la parole, l’incirconscriptible dans le lieu, l’impalpable dans le tangible, l’invisible dans la vision, l’inaudible dans le son… »

L’incarnation, tout le monde connaît: c’est ce qui vient habiter le corps du tout- petit et lui fait perdre sa pure matérialité, cette chair vierge de toute inscription, ce cadavre en puissance qu’il est dès la naissance :

le verbe , sans la majuscule.

Le signifiant, comme on dit aujourd’hui, auquel, comme la Vierge à Gabriel, il consent : qu’il me soit fait selon ta volonté, toi, cet Autre maternel qui me prend sous tes ailes et , transitivement, « me » parle, me barbouille de tes dires pour, qu’à mon tour, j’enfante, miracle du verbe, l’infigurable dans le figurable, l’inénarrable dans le discours, l’impalpable dans le tangible, l’immensité dans la mesure…

La peinture, la littérature, la sculpture, la musique…

Comment deux substances – le verbe et la chair- peuvent elles coexister dans le même être ?

Consentement primordial de l‘infans qui dit oui à l’inscription de la parole en lui comme Marie dit oui au Verbe en elle

Echo, dans son corps, du fait qu’il y ait un dire auquel elle ne comprend rien- tu seras la Mère de Dieu !- mais auquel elle consent.

Comme tout enfant qui vient au monde avec son Gabriel de fortune sous la main, son ange gardien de mère, consent à la parole en lui.

Marie, c’est le Réel, immaculé, vierge, qui s’offre à être marqué par un dire.

Elle assume : qu’il me soit fait selon ta parole !

Assomption.