On liquide

La vie n’est pas si rose que c’est en liquide et au goulot parfois que l’âme humaine doive en rendre la sombre essence. La mort est au fond, sourd rendement des heures qui cherchent en vain un objet qui tienne à leur emploi. L’ivresse de la lecture et de l’écriture, à la recherche du tant perdu dans le vacillement des images et des mots, est-ce le remède à la soif ?

La bouteille, qui était à la mer, jetée, une vague épave de verre, échoue toujours au
rivage. Le bouchon est poreux et laisse à l’eau la tâche de la corrosion des mots : l’encre coule, l’écriture passe, humide espérance des lettres qui se délient. L’ennui, le long ennui des jours et des nuits, ne trouve nul volume où reposer la tête, roule. Mais si boire trouve sur le trajet de la trachée une quelconque hostie de papier, l’ennui va, pour un temps rétif à la désolation, défaire, sur le côté d’une page, l’angoisse qui le rassemble.

Pourtant, c’est la foi en la vie que le livre rogne, la foi dans l’éclat et la beauté du jour, cette vie qui échappe à toutes les pages, fuit de toutes les lignes, et boit, à en tomber, le ciel que, la nuit, la mort liquide.

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