Soprano s’offre à nous

Chaque être se signe par sa voix, et le souvenir de la voix d’un mort trouble plus que les traits du visage qui, avec le temps, lentement s’effacent et se défont. Nuée d’oiseaux qui, dans la trille, soudain s’élance de la gorge de la soprano, essaim sonore sous la voûte, virevolte du timbre qui ne laisse au lied de Schubert « Der Hirt auf dem Felsen » que la frêle ossature du sens pour capter, dans les modulations du souffle, comme un vent qui la trouble, oriflamme du chant dont les mots sont des sons qui flottent et claquent sous la voûte blanche, voix, vrille de la chose absente à la source du vide, lame de fond,- venue de quelle mer- , qui arrache à soi, être et disparaître avec elle dans le tremblement de ses cordes, sentiment exquis de la première et dernière fois, certitude absolue d’être témoin d’une présence éphémère, d’une apparition qui va s’évanouir, d’une voix, non pas qu’on écoute, mais qui vous déchire et vous troue.

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