Couleurs!

 

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Ange

Un ange passe.

Les ailes ouatées et cotonneuses des anges qui montent et qui descendent, sur l’échelle de Jacob et, tout en haut des barreaux, Dieu.

La tête de Jacob repose sur une pierre, il rêve . Il est aux anges.

On peut lui proposer une terre promise.

L’ange gardien est la plus délicate attention des cieux, la poésie dans sa pureté . Qui n’a senti, soudain, sur son bras, la main de cet être voué à la bienveillance, contraindre, en une fraction de seconde, au brusque virage du volant quand un véhicule d’acier, surgi de nulle part, fonce vers votre perte, vous qui roulez dans l’innocence de l’enfant au berceau ?

Le bercement du moteur, mère qui ronronne la ballade de l’échappée belle .

Dans « Les ailes du désir », les anges Daniel et Cassiel surplombent la ville de Berlin et s’échangent les bribes de discours qu’ils entendent des hommes, se rapportent les petites choses de la vie, les pensées intimes, les peurs, les monologues intérieurs des berlinois qu’ils frôlent de leurs manches de trench-coat, ailes imperméables et souples.

Ils ont le désespoir du pur esprit, condamnés à rendre compte du bruissement du monde sans y participer .

Conscience de la belle âme, dirait Hégel. Mains pures du spectateur.

Saturés d’éternité, ils sont séparés du monde et en souffrent.

Alors l’un d’eux veut un corps, un désir, un présent. Daniel, pour l’amour d’une trapéziste, va renoncer à son statut d’ange, faire le saut de l’incarnation .

Plaisir d’enlever ses chaussures, le soir, et, en  posant les pieds sous la table, laisser ses ailes au vestiaire de l’éternité.

Ange bis

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Tentative d’élévation

Essai pastels

Élévation 

Au-dessus des étangs, au-dessus des vallées,
Des montagnes, des bois, des nuages, des mers,
Par delà le soleil, par delà les éthers,
Par delà les confins des sphères étoilées,

Mon esprit, tu te meus avec agilité,
Et, comme un bon nageur qui se pâme dans l’onde,
Tu sillonnes gaiement l’immensité profonde
Avec une indicible et mâle volupté.

Envole-toi bien loin de ces miasmes morbides ;
Va te purifier dans l’air supérieur,
Et bois, comme une pure et divine liqueur,
Le feu clair qui remplit les espaces limpides.

Derrière les ennuis et les vastes chagrins
Qui chargent de leur poids l’existence brumeuse,
Heureux celui qui peut d’une aile vigoureuse
S’élancer vers les champs lumineux et sereins ;

Celui dont les pensers, comme des alouettes,
Vers les cieux le matin prennent un libre essor,
– Qui plane sur la vie, et comprend sans effort
Le langage des fleurs et des choses muettes !

 Charles Baudelaire.