Russe,6

Catherine et Denis

Pas d’empreinte carbone pour Diderot lors de son éprouvant voyage, en diligence, qui le conduit, en 1773, de Paris à ST Pétersbourg pour un séjour de cinq mois. Il quitte la France le 21 mai 1773 et fait sa première halte, à La Haye, chez l’ambassadeur de Russie, le prince Golitsine.Il y passe trois mois en attendant son compagnon de voyage, A.N Narychkine, futur sénateur et chambellan de Catherine II.

Le 20 août 1773, les deux voyageurs quittent La Haye. Ils rouleront pendant 48 jours, soient 688 lieues, pour finalement arriver sur les bords de La Neva, le 8 octobre 1773

Voyage d’enfer pour Diderot, déjà âgé de 60 ans, qui souffrira, pendant le trajet, de coliques néphritiques pour mettre finalement le pied à terre à ST Pétersbourg.

Dans une lettre à sa femme, il écrit :

« Tâche à présent d’imaginer , si tu peux, l’état d’un homme tourmenté d’une colique violente et roulant sur les chemins les plus mauvais. A chaque cahot – et à chaque instant c’était un cahot plus au moins fort- si l’on m’avait fourré un couteau dans le ventre, et qu’on m’eût scié un boyau, on ne l’aurait pas fait plus de mal… »

 C’est après beaucoup de reculades que Diderot, qui détestait voyager, s’est résolu, en dernier lieu, à répondre à l’invitation de Catherine II.

Il avait , en effet , une dette envers l’impératrice de Russie, qui , ayant entendu parler des soucis financiers du philosophe, lui avait proposé, en 1765, de lui racheter sa bibliothèque, tout en lui en laissant la jouissance jusqu’à sa mort . A cela, elle ajoutait un pension annuelle, 50 ans d’appointements, payés d’avance,et la nomination comme membre de l’Académie des Arts de la ville impériale !

Comment refuser, alors, de se faire chahuter sur les chemins boueux et bringuebaler sur les nids de poule qui menaient à la toute jeune capitale de la Russie !

L’impératrice était une amie des Lumières, admiratrice de Montesquieu et de D’Alembert, folle de Voltaire et de l’esprit aiguisé de Diderot. Côtoyer les penseurs de son époque était, pour Catherine II, une manière de soigner son image de despote éclairée. 

Chaque jour, de 15h à 17 h, l’impératrice et Diderot s’entretenaient de droit, de politique , de littérature…Le philosophe voulait la convertir à ses idéaux démocratiques et rêvait, par ses lumières, d’aider la souveraine d’une jeune nation à réformer son royaume…

A son retour en France, Diderot rédigera ses « Observations sur l’instruction de sa majesté impériale », ouvrage dans lequel il réfute systématiquement la doctrine politique sur laquelle l’impératrice avait fondé sa réputation de souveraine libérale. Il y dénonce l’ignominie du servage et critique violemment le pouvoir de l’Église qui représente , pour le philosophe, un facteur de déséquilibre et d’asservissement des citoyens :

«Le prêtre, dont le système est un tissu d’absurdités, tend secrètement à entretenir l’ignorance ; la raison est l’ennemie de la foi et la foi est la base de l’état , de la fortune et de la considération du prêtre… »

Ou encore :

« Chaque prêtre est un poignard dont la poignée est dans la main de Dieu ; ou plutôt dieu est un poignard dont la poignée est dans la main de chaque prêtre… »

Il en vient même à prodiguer aux Princes des conseils machiavéliques pour tenir l’Église en bride afin d’assurer leur tranquillité et celle de leurs sujets :

« Dégradez tant que vous pouvez un système qui vous dégrade : c’est à tous les souverains que je le dis.

Dans une lettre à Grimm du 23 novembre 1785, Catherine II laisse éclater sa colère quand elle prend connaissance de l’ouvrage de Diderot :

« J’ai trouvé dans la Bibliothèque de Diderot un cahier intitulé « Observations sur l’instruction de sa majesté impériale  » Cette pièce est un vrai babil, dans lequel on ne trouve ni connaissance des choses ni prudence ni clairvoyance… La critique est aisée mais l’art est difficile : voilà ce qu’on peut dire en lisant les observations du philosophe. »

Diderot avait anticipé cette réaction car, dans ce même ouvrage qui provoque cette exaspération de l’impératrice, il écrivait :

« Si en lisant ce que je viens d’écrire, elle frémit, si son sang se retire, si elle pâlit, c’est qu’elle s’est crue meilleure qu’elle n’était. »

Quand Catherine II a pris connaissance de l’ouvrage qui la critiquait, Diderot était déjà mort depuis un an.

La rente allouée au philosophe, quand il avait 60 ans , courait pour …50 années !

Il est décédé à 71 ans

Diderot a sa plaque commémorative au 9 place de Saint-Isaac à Saint-Pétersbourg.

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