Du grès à l’engrais

Un premier espace, réservé à des funérailles écologiques sera prochainement créé dans l’un des 20 cimetières qui dépendent de la ville de Paris.

Parmi les contraintes du cahier des charges réservé au candidat à l’enfouissement propre : un cercueil en carton ou en bois d’essence française, l’absence de monument en surface, l’interdiction d’un caveau en béton,- matière trop vorace en énergie-, une tombe identifiée par une stèle discrète en bois d’essence locale … Les défunts promis à cette disparition, respectueuse de la Nature, devront avoir reçu des soins limités : une toilette mortuaire, certes, mais surtout pas de thanatopraxie ni d’embaumement nécessitant des produits chimiques, toxiques, comme le formol risquant d’empoisonner la terre.

Pour l’habillage du mort, seules les fibres naturelles seront autorisées, les matières synthétiques risquant de survivre plus longtemps à la décomposition que leur porteur….Enfin, pour éviter toute dépense d’énergie polluante, les professionnels s’engagent à creuser manuellement les tombes et à aménager ce bout de cimetière sous la forme d’un espace paysager.

Le défunt propre, aura ainsi perdu sa propre humanité pour être réduit, comme toutes les choses circulant dans la logique du Marché, à « la chose » obsolète et encombrante dont, comme tous les déchets, il convient de se défaire dans les conditions les plus appropriées à la défense de l’environnement.

L’Homme ? Quel déchet pour quelle couleur de poubelle ? On connaissait la jaune, pour les papiers, les cartons et les plastiques, la marron pour les déchets ménagers : quelle couleur choisir pour ce déchet parlant, polluant et pour tout dire, surnuméraire, sur une planète au bord de l’asphyxie?

C’est la fin de la morale kantienne qui demande de traiter l’humanité, en soi et chez autrui, toujours comme une fin et jamais comme un moyen.

La mort propre entre , désormais, comme objet d’échange , dans la logique du Marché et de la réification. Marx l’avait indiqué dans Misère de la philosophie :

« Dans la logique capitaliste, le sol ne doit pas perdre sa fertilité. Pour le propriétaire foncier, son terrain n’a qu’une signification : la rente foncière »

C’est la fin annoncée des cimetières, non rentables comme espace sacré du souvenir, pour leur transformation en sol fertile, grâce aux engrais naturels produits par des cadavres bio,pour le plus grand profit d’une écologie de la mort.

Il convient désormais, hygiène de l’assassin, de mourir propre dans une optique du recyclage.

Suppression du glyphosate pour les cultures intensives, suppression du formol pour le plus grand bien de cadavres écologiques, appelés à une nouvelle vie de fertilisation et de production.

Ossuaires d’intériorités mortes, les cimetières à l’ancienne sont promis à la mutation écologique et à leur rentabilisation, l’homme n’étant plus rien dans le temps de la marchandisation sinon la carcasse inutile d’un Temps inexploitable financièrement…

Comment amortir, au mieux, ce temps mort de l’éternité?

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