L’art de la baudruche

Une toile du street-artiste Bansky, représentant une petite fille tenant au bout d’une longue ficelle un ballon rouge, en forme de coeur, s’est en partie auto-détruite à l’issue d’une vente aux enchères chez Sotheby’s à Londres.

A peine le marteau était-il tombé sur la table pour signifier l’adjudication et la vente de l ‘oeuvre à 1, 2 milllion d’euros qu’une alarme, provenant du tableau, s’est mise à retentir tandis qu’une broyeuse à papier, dissimulée dans le cadre, lacérait et broyait l’image de l’enfant, ne laissant, sous les yeux médusés du public, qu’un quart de toile disponible pour un ballon, au coeur perdu, désormais erratique dans un ciel orphelin !

La main refermée sur la grosse ficelle du marché de l’art, la fillette actionne sa ceinture d’explosifs et se volatilise  dans le ciel factice d’une toile de pur papier-monnaie.

Explosion en plein vol de la « valeur » de l’argent, cette supercherie, visible et perceptible, de l’abstraction qui préside à l’échange des marchandises !

Magnifique illustration ,in situ, du fétichisme de la marchandise, analysé par Marx dans le Capital ! En effet, de même que les peuples primitifs vénèrent leurs idoles en ignorant que les qualités divines qu’ils leur reconnaissent  ne sont que le résultat de leur propre création projective, le marché de l’art sacralise un « objet artistique » en faisant croire que sa « valeur », extraordinaire, lui appartient en propre, alors que cette prétendue propriété , cette « valeur » n’est que le résultat d’une opération comptable, fondée sur le calcul d’une rentabilité maximale, au profit de financiers, qui, faute de génie artistique, s’achètent le talent qui, par nature, leur fait défaut. Marx le dit magnifiquement:

« Je suis laid mais je peux m’acheter la plus belle femme, donc je ne suis pas laid car l’effet de la laideur, sa force repoussante est anéantie par l’argent. Je suis sans esprit mais l’argent est l’esprit réel de toutes choses: comment son possesseur pourrait-il ne pas avoir d’esprit? L’universalité de la qualité de l’argent est la toute puissance de son essence. » 

On peut continuer à gloser: je suis sans talent mais je peux m’acheter les toiles les plus chères, donc je suis un génie créatif car ma médiocrité personnelle est anéantie par l’argent.

C’est l’échelle de valeurs de l’économie marchande qui donne à l’échelle, réelle, sa valeur: pas la qualité intrinsèque du bois ni celle du travail de l’artisan, ni son talent créateur..

C’est cette imposture fétichiste que le dispositif de destruction installé dans le tableau de Bansky dévoile: la toile se déballonne, ce dessin ne vaut rien et surtout pas  cette somme astronomique qu’un nanti est prêt à débourser pour compenser un sentiment abyssal d’insuffisance personnelle.

Bonne affaire , au demeurant, pour l’acheteur de « Girl with balloon », le tableau broyé prenant une « valeur » inestimable, comme prototype du meilleur canular organisé sur le marché de l’art, depuis, en son temps, celui de Marcel Duchamp avec son Urinoir  !

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