Causa Sui

Cause de soi

Si on entend par cause l’origine qui entraîne un effet – d’abord appuyer sur la pédale pour avancer ensuite -, la notion de cause de soi , concernant l’être humain , est impensable . Chacun, comme existant, comme effet humain, trouve son origine dans une cause qui le précède : ses parents.

Pour être, soi-même , cause de soi, il faudrait déjà exister pour pouvoir être à l’origine de son être, ce qui est contradictoire.

Aucune chose, donc, ne peut être la cause de son existence, ce qui est compréhensible pour tout être fini mais cette règle vaut aussi pour Dieu.

Comme la cause est, par nature, antérieure à l’effet, Dieu ne peut être, à la fois, antérieur et postérieur à lui-même.

Pas de Cause de Soi qui tienne ! Le postérieur de Dieu est assis sur la lunette de la cause antérieure qui le suscite, fondement nécessaire à toute existence, fût-elle divine.

Le papier, matière végétale, ne tombe pas du ciel mais de l’arbre dont le Créateur, lui-même, n’est pas sans origine : humaine, toute humaine, dans sa hutte au sol, cette Créature céleste .

Pas sans gêne, ce Créateur, qui, sans faire de vagues, passe sur ses origines comme, fugace, l’absolution sur la faute !

Seule la chenille – et ça ne tient qu’à un fil- est cause de soie.

A la queue leu leu de la chenille, cependant, le Dieu si singulier de Spinoza : Deus sive natura .

Dieu ou la Nature, c’est la même chose , dit le polisseur de lentilles de La Haye.

Dieu: pas un objet de foi, pas le monarque de l’univers des monothéismes mais le réel dans sa totalité, le tout de l’Etre, la Nature.

Dieu ou la Nature, voilà le Dieu de Spinoza

Désignant la totalité de tout ce qui existe, la Nature, Dieu existe nécessairement puisque le réel , dans sa totalité, la Nature , ne peut pas ne pas exister.

Aucune contingence possible aussi bien de l’existence de Dieu, des choses, que du sujet qui les pense . Il est vrai, sans doute, que mon existence est contingente dans la mesure où je ne suis pas la cause de celle-ci : j’aurais pu ne pas être ou être différent. Cependant, l’enchaînement des causes et des effets, étant ce qu’il est, je ne pouvais pas ne pas exister .

J’ai donc une existence nécessaire et non contingente.

Le pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien n’est plus alors une question qui se pose puisque Cela est et celui qui la pose est aussi.

Cioran , dans De l’inconvénient d’être né, se lamente sur le sort réservé à l’être humain, surgissant dans un monde de souffrances de malheur et d’ennui, avec comme perspective ultime, la vieillesse, la maladie et la mort .

Le penseur triste des Carpates n’ a pas poussé assez loin sa désespérante lorgnette, imaginant , sans doute, qu’il y avait une alternative à son arrivée au monde – celle de n’être pas né- et une possibilité- celle de naître dans un monde différent de celui-là.

Or, il n ‘y a pas , à l’encontre de Leibnitz, une diversité de mondes possibles : il n’y en a qu’un seul et qui est nécessairement ce qu’il est car il ne pourrait être autrement.

Dieu ou la Nature

Comment, alors, Spinoza peut-il affirmer de son Dieu qu’il est cause de soi : Causa Sui ?

Si Dieu désigne le Tout de l’Etre, il ne peut être déterminé à être par autre chose que par lui-même et cette cause qui le fait être ne peut que lui appartenir car il n’y pas d’extériorité à la Nature.

Dieu ou la Nature comme cause de soi, immanente, éternelle et infinie

« Par réalité et perfection, j’entends la même chose » peut alors affirmer Spinoza , dans l’Ethique.

Phrase , absolument extraordinaire, sublime, sur la reconnaissance de la nécessité de la Nature : elle ne peut pas ne pas être ou être différente et c’est cette absolue nécessité qui fait sa perfection.

Clément Rosset, à la suite de Spinoza, soutiendra que le réel n’ a pas de double : absolue étrangeté de ce qui s’impose , là, dans son absolue simplicité.

Il faut laver son bol , dira le moine zen et balayer la cour :

rien d’autre à faire, à espérer ou à attendre.

Pas plus de mal que de bien dans la Nature. Seulement du bon ou du mauvais, pour nous qui sommes, parmi tant d’autres , l’un des modes d’expression de la Substance, la seule qui soit : Dieu ou la Nature.

Ce qui est réel est parfait car si la maladie est mauvaise pour nous, elle est bonne pour le virus qui se développe aux dépends de l’organisme touché.

Il faut penser et penser « juste », de façon adéquate, pour se protéger du mauvais et augmenter sa puissance d’être en se gardant des passions tristes.

Ainsi, on peut quitter le dieu anthropomorphe du christianisme pour se convertir à celui de la nécessité du monde…

Changer de lentilles pour voir plus clair

Une rose est une rose est une rose est une rose

Sacristie !

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