Dieu, taupe là.

Au même titre que nul ne peut être qualifié de fauve qui n’ait sous les crocs la chair palpitante ou morte d’un semblable de l’espèce animale ou… humaine, nul ne peut être qualifié d’homme qui n’ait, sous la dent, le Corps Glorieux, toujours accessible, du Dieu de ses pensées et de ses rêves.

Dieu, non d’un chien, c’est l’objet de l’homme, son os à ranger dans le tabernacle de ses pensées, sa sacrée niche.

Dieu, image hypostasiée, dans la conscience , des qualités infinies du Genre humain auquel l’individu, par nécessité, appartient.

Dieu, pour faire Genre, s’approprie toutes les qualités de l’Espèce humaine . Taupe de l’humanité sous les attributs de la divinité.

S’adresser à Dieu, c’est, sans le savoir, s’adresser à soi, magnifié à hauteur du Genre Humain.

Dieu, c’est le Genre idéal pour qui veut marier sa finitude avec l’infini de son désir.

L’image de soi nécessairement déçoit. Pas du Genre à décevoir, par contre, celle qui brille des mille feux de l’éclat de la Divinité.

L’homme se sait mortel, connaît sa finitude et, à moins d’une catastrophe écologique à l’échelle de la planète ou d’une déflagration nucléaire universelle, il peut toujours croire au caractère infini de l’espèce humaine, à l’éternité du Genre humain.

D’autres que lui naîtront , vivront et mourront, assurant ainsi la perpétuité de l’Espèce.

Voilà pourquoi Dieu est son Genre ou le Genre est son Dieu car il transfère sur l’image de Dieu, qu’il objective et adore, les attributs dont, comme individu, il souffre nécessairement d’être privé : la perfection, la toute puissance, l’omniscience, l’éternité, la justice, l’infinitude bref, toutes ces qualités divines ne sont que l’image positivement inversée des insuffisances humaines exaltées à la hauteur du Genre. On peut attendre du Genre Humain la perfection qui manque à l’individu.

L’homme , l’Espèce en miroir, créa Dieu à son image.

Dans l‘Antéchrist, Nietzsche dénonce la confusion entre espoir et vérité : l’impossibilité d’être heureux ou même de vivre tout court , sans imaginer un Absolu, ne témoigne en rien du caractère légitime d’une telle revendication.

Il réfute l’argument du christianisme selon lequel la foi est « vraie » car elle procurerait la félicité.

En quoi le plaisir serait-il une preuve de la vérité ? La preuve par le plaisir parle seulement en faveur du plaisir, pas de la vérité. Pourquoi une réflexion juste procurerait-elle plus de plaisir qu’une argumentation fausse ? Pourquoi, en terme de plaisir, préférer Socrate aux Sophistes ?

Adorno, dans Minima Moralia, se demande si on a plus de raison d’aimer ce qui nous arrive, d’approuver ce qui est, sans recourir à l’espoir d’arrière-mondes, bref d’aimer son destin, cet amor fati dont Nietzsche se revendique, plutôt que de considérer comme vrai ce que nous espérons.

Quiconque n’a plus rien à espérer ni à aimer finit par aimer les murs de sa prison et à considérer comme vrai l’amour de sa propre servitude.

Dans les deux cas, pour supporter l’horreur de ce monde, on finit par considérer comme vrais ses désirs ou à donner du sens à une situation de fait qui , pourtant, n’en a pas, au point même d’en souhaiter « l’Eternel retour » !

C’est la même résignation , ignoble, qui s’agenouille devant une réalité qu’on répugne, finalement à vouloir transformer, soit en imaginant une félicité éternelle, soit en considérant ce qui est comme une fatalité, indépassable, élevée au rang de valeur suprême.

Nietzsche accusera le christianisme de tomber dans la mythologie. Pas sûr que l’élévation de l’« amor fati » au rang d’idéal ne rejoigne pas le mythe chrétien dans son rapport à la vérité : prendre ses rêves pour la réalité , dans le christianisme, ou prendre la réalité pour son rêve, dans l’acceptation résignée d’un destin, c’est dans les deux cas, se priver de l’espérance d’une transformation réelle du monde réel.

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