Arbor infelix

A Rome, la crucifixion était connue sous le nom d’arbor infelix : le bois du malheur.

Les suppliciés , promis au supplice de la croix, devaient porter sur leurs épaules le patibulum, la traverse verticale de 40 à à 50 kg, sur laquelle, ils étaient entravés avec des cordes ou cloués aux poignets.

Le stipes les attendait, poutre verticale , fichée en terre, sur laquelle venait s’encastrer la patibulum.

Les pieds alors étaient cloués, à leur tour.

On peut, à rebours, comprendre la mine patibulaire du Christ.

On parle du Christ janséniste, ou du Christ aux bras étroits, quand, dans la peinture baroque, on le représente, les bras perpendiculaires au patibulum plutôt que dans la figuration classique de l’ouverture maximale sur le monde.

Manière d’indiquer ainsi, par l’étroitesse des membres rapprochés et par le regard du Supplicié tourné vers le Ciel, que le Sauveur ne serait pas mort pour tous mais seulement pour quelques élus, illustration de la doctrine augustinienne de la Prédestination, reprise par l’évêque Jansénius.

Le Christ à l’étroit sur ses bois, petit bras, finalement, quant à l’universalité du Salut.

On fixe sur la poutre verticale, le stipes, une pièce de bois triangulaire, à hauteur des reins : la sedula.

Ce n’est pas un siège épiscopal.

Le bassin , alors en angle droit avec le torse, empêche de respirer librement. Incapable de trouver une position qui permettrait une ventilation correcte des poumons, le supplicié tente de se redresser sur ses bras cloués, effort insoutenable, la sedula lui cambrant les reins, l’angle des bras et leur extension le contraignant à un halètement pénible et douloureux , les clous déchirant les chairs des pieds à chaque traction pour soulager le poids du corps qui s’affaisse .

Mal dans sa peau, mal- être de ce Dieu qui, au gibet, pend.

Pas solaire pour un sou, lunatique, ce dieu, avec ces ténèbres qui vont s’abattre sur le Mont du Crâne.

 

Horizon de la douleur, se signer, c’est porter la main sur soi en inscrivant, sur les quatre points cardinaux du corps, la jouissance patibulaire du sacrifice.

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