Un monde sans fard

Le monde s’éclaire sans phare. En 1302, un tremblement de terre abat dans la mer le phare d’Alexandrie, cette sentinelle cyclopéenne dont l’œil pivotant pouvait fouiller les ténèbres océanes dans un rayon de soixante kilomètres. La même année, le théologien Duns Scot écrivit qu’il ne fallait pas chercher la raison de ce qui était sans raison. Plus tard, sur sa canonnière glissant sur la Vistule, le soldat Wittgenstein, dirigera sur les berges des lignes ennemies le faisceau du projecteur dont il a la charge. Le halo de lumière qui troue la nuit n’éclaire nulle profondeur. Ce philosophe guerrier qui, avec son Tractatus voudra aussi éclairer les méandres du langage, pense à fonds perdu quand le monde, tremblante incertitude, vogue dans les plis de sa langue et échoue à se dire. Pas un son dans le cosmos, sinon dans la forge de l’oreille, le battement sourd de petits osselets, un peu marteaux sur les bords. Le monde est indifférent. Le mot, pourtant, appelle le monde à la proposition du sens, mais le monde, nul mot ne peut exprimer qu’il soit. Il se montre sans raison, et c’est clair, sans fard.

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