Expérience

Mourir n’est pas une expérience.

De l’événement, on ne peut rien dire et de l’état cadavérique, on ne peut rien faire.

Sur le mourir, rien.

Sur être mort, rien qui puisse être dit au vivant, lequel, seul, comme vivant, peut d’un événement autre que la mort, faire expérience.

Vivre est une expérience.

De l’événement, on peut dire quelque chose. Que c’est un inconvénient ou une joie. 

Qu’on peut apprendre de ses erreurs mais du mourir on ne peut rien apprendre ni transmettre.

Silence radio.

Mourir n’est pas une erreur. Contrairement à la vie, qui est une expérience, dans la mort, on ne peut pas se refaire.

Naître n’est pas une expérience.

De cet événement, non plus, on ne peut rien dire.

De l’état d’être né, on ne peut, par soi-même, rien faire non plus.

Les autres feront à notre place et diront qu’être parents, c’est une expérience.

Le suicide n’est pas une expérience, car l’expérience de la mort est la mort de l’expérience : rien à en tirer, en terme de connaissance.

Le suicidaire ne peut vouloir mourir car, de la mort, il ne connaît rien et ne pourra rien en dire.

On veut ce qu’on connaît ou ce qu’on peut se représenter.

On peut même maintenant vouloir la lune depuis que les Américains y ont planté le drapeau étoilé.

Mais on ne peut désirer ce qu’on ignore absolument.

Or, la mort, on l’ignore absolument. On ne peut donc la désirer sauf à se méprendre sur son objet.

Dans le suicide, il y a maldonne : ce n’est pas la mort que le désespéré réclame, mais la suppression de la souffrance.

Toutefois, c’est en tant que vivant qu’on apprécie de ne plus souffrir, pas en tant que mort, état sur lequel on ne peut rien dire.

Rien n’assure donc au désespéré, qu’une fois mort, il ne souffrira plus sinon qu’il ne sera plus là, comme vivant, pour faire l’expérience de l’absence de la douleur.

Rater son suicide n’est pas une expérience car, de la mort frôlée, on ne pourra toujours rien dire: le vestibule n’est pas le salon.

L’absence de toute souffrance, le repos de l’âme, ce que les Grecs appellent ataraxie: c’est pour les vivants, pas pour les morts.

Le christianisme prétend que la mort est une expérience car il  y met un dire et une image : on peut la vaincre – Christ est ressuscité !- ; on peut se représenter le lieu du Dam,- l’Enfer et celui de la béatitude,- le Ciel !

Naître et mourir, le même type d’ événement qui, en aucun cas, ne peut faire expérience : on arrive sans le savoir, on part sans le savoir.

Entre les deux, un savoir de bricole pour colmater les deux trous de l’origine et de la perte.

Silence absolu sur l’origine et le terme.

D’où la décence attendue sur le silence des mots que Wittgenstein a formulée définitivement :

« Ce  dont on ne peut parler, il faut le taire. »

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