Un parfait idiot

Quand Wittgenstein demande à Russell de lui dire s’il est, oui ou non, un parfait idiot, Russell s’étonne, à juste titre, qu’un jeune homme, aussi brillant intellectuellement, lui pose une telle question. La réponse est d’importance pour Wittgenstein, car s’il est un parfait idiot, il deviendra aéronaute ; sinon, philosophe. Après avoir lu la première phrase du Tractatus Logico-Philosophicus : « Le monde est tout ce qui arrive », Russell lui répliqua qu’il n’avait pas besoin de se faire aéronaute… Pourtant, si l’on s’en tient à l’étymologie grecque, Wittgenstein était un parfait idiot : milliardaire renonçant à sa fortune, rescapé du suicide , ingénieur en aéronautique, jardinier, logicien, infirmier, architecte, instituteur, bâtisseur de cabanes en Norvège, volontaire pour aller se battre sur le front, homosexuel rongé par la culpabilité, amateur de westerns, fou de Tolstoï, torturé par l’angoisse du péché, professeur d’appartement, réfléchissant à voix haute devant une poignée d’étudiants fascinés, assis à même le sol, mystique absolu devant l’énigme de la présence du monde, celui qui, mourant du cancer, s’écrie dans un dernier souffle : « Dites leur que cette vie a été pour moi merveilleuse ! », voilà bien le sens de idios en grec : « propre, particulier, singulier, qui ne ressemble à rien » Perfection de la singularité d’un désir.

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