Italiennes 5

A Bologne, dans la basilique San Domenico, la Crucifixion de Giunta Pisano.

Les deux mains du Crucifié désignent, à l’horizontale, la Vierge Marie et Jean, l’apôtre bien-aimé tandis qu’à la verticale, surgissant du pagne de décence qui cache la virilité du Christ, une Chose oblongue s’érige en relief, au centre du corps, à la place du diaphragme.

A moins de prendre le supplicié divin pour un body-builder aux abdominaux démesurés, pas de doute possible : c’est bien la forme d’un phallus qui apparaît, là, dans toute sa gloire !

Le fascinus romain était l’image hypertrophiée du sexe mâle mais la Chose, le phallus chrétien, se dressant à l’endroit où, anatomiquement, on ne l’attend pas – à la place du diaphragme– cette surprenante épiphanie est une invitation à dépasser l’évidence des sens et à envisager la sexualité dans le cadre de la Résurrection.

Si le cadavre, sur la croix, est le symbole du Christ réduit au déchet et à l’abandon, le phallus glorieux, lui aussi présent sur la croix, est promesse de Résurrection et vecteur d’un tout autre destin pour la sexualité.

En effet, dans le Paradis, les membres sexuels sont promis à une parfaite et angélique inutilité, ce que le glissement anatomique du phallus sur le diaphragme préfigure déjà !

La jouissance des anges n’ a rien à voir avec la laborieuse copulation des êtres humains, réduits, selon l’Evangile de Saint-Lacan, à la damnation du non rapport sexuel , soit à l’impossible conjonction harmonieuse des corps en raison de l’irréductible différence des sexes.

Pas d’Eden à l’horizon de toute rencontre entre un homme et une femme mais , selon le Prophète des  Ecrits, ratage assuré.

Giunta Pisano nous dit, en 1250, dans sa Crocifisso, que tout espoir n’est pas perdu et qu’une fois ressuscités nous serons hors sexe pour l’éternité, abîmés dans la contemplation de nos membres, désormais inutiles et imputrescibles.

Les beautés célestes du Coran n’ont plus qu’à aller se rhabiller et se refaire une virginité car, comme le dit St Thomas d’Aquin, le patron des Dominicains :

« Au Paradis manquera la libido qui incite aux actions honteuses. »

Pur ornement de décoration, le sexe des hommes et des femmes, blason , sur les nues, d’une dissonance libidinale enfin réduite au silence des organes.

Ciel éternellement flaccide du repos éternel.

)°(

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2 réflexions sur “Italiennes 5

  1. C’est une interprétation intéressante des tablettes de chocolat… 😉
    Pisano a-t-il voulu laisser un message subliminal en dessinant si mal l’anatomie masculine ?
    Il est vrai que sur certains hommes body-buildés, cela ressemble vraiment à un énorme phallus.

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    1. Le « phallus chrétien »n’est pas une réplique du fascinus romain. Plutôt la » Chose » évocatrice d’un au-delà de la sexualité humaine dans le cadre de la Résurrection des corps et la paix enfin assurée dans ce qui reste pour les deux sexes une discordance jamais vraiment surmontée. C’est jamais vraiment ça…entre les hommes et les femmes!
      Bien cordialement à vous

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