Italiennes 4

A l’extrémité sud de la nef de la basilique San Apollinare Nuovo, à Ravenne, trône, en majesté, le Christ Pantocrator, la main droite levée vers la voûte céleste.

L’annulaire et l’auriculaire sont repliés, signe de la double nature,- humaine et divine- du Messie, tandis que le bouquet trinitaire des trois autres doigts coiffe un bougeoir de verre, d’un rouge écarlate, dont la flamme effilée – feu de l’Esprit-Saint – s’inscrit parfaitement dans l’axe vertical de la Croix divisant l’auréole dorée qui entoure la tête du Rédempteur.

Icône blasphématoire pour les Iconoclastes qui soutiennent, qu’en dépit de la venue au monde du Verbe divin par l’Incarnation, aucune image ne peut circonscrire Dieu dans la matière.

Querelle byzantine pour saint Irénée de Lyon affirmant que l’icône a pour fonction d’incarner la pure image de l’Infini divin sans jamais prétendre s’en emparer. Miroir énigmatique de la visibilité du Fils qui renvoie à « l‘image naturelle », toujours insaisissable, du Père invisible:

« Le visible du Père, c’est le Fils et l’invisible du Fils , c’est le Père », dit Irénée

Grégoire de Nysse va plus loin en théorisant l’idée de la double création de l’homme

Selon la Genèse, il est dit que l’homme à été crée à l’image de Dieu. En conséquence, l’être humain doit être conforme à l’image du Modèle dont il provient : ni homme, ni femme mais semblable au Créateur dans son infinité.

Cependant, on affirme aussi, dans le texte biblique, que Yahvé les créa mâle et femelle , les soumettant alors à la division des sexes, à la finitude et à la mort.

Ainsi, c’est naturellement en raison de sa similitude avec son Créateur que l’homme éprouve, en lui, un désir infini de voir ce qui se dérobe infiniment à son désir . Mais c’est également en raison de son inscription comme sujet fini, homme ou femme, qu’il ne peut dépasser cette division et retrouver son image d’origine, l’objet de son seul désir, celui d’être à l’image de .

Grégoire de Nysse le formule admirablement quand il écrit :

« Qu’est-ce que l’objet du désir de voir ? L’objet du désir de voir, c’est un objet qui doit se dérober à l’infini pour continuer à être l’objet du désir. »

Freud aurait eu avantage à s’approcher de Nysse.

Le montage de la double nature de l’homme, – un pied dans l’image de l’Infini et l’autre dans la division des sexes – a plus d’allure et d’élégance que la réduction du désir de voir  à la seule source de la pulsion scopique du petit pervers polymorphe des Trois essais sur la théorie sexuelle.

Le Ciel de Nysse est plus lumineux que les nues de la métapsychologie.

Après ce bain de jouvence dans l’eau bénite des Pères de l’Église, il est temps de refermer les portes de San Apollinare Nuovo et de continuer son chemin, loin de l’icône freudienne, brisée sur le pavement de la basilique par un iconoclaste de l’Inconscient, un instant saisi par la nostalgie et la beauté du mythe chrétien quand il fait dans la mosaïque.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s