Rite et rate

Dans le néant chaotique du réel, l’ordre du rite, flotte, tel un oriflamme, sur la nef fatiguée des monothéismes.

Au bout du Rouleau : Je suis qui Je suis

Aux clous : le Trois en Un

Au tapis : il n’y a de Dieu que Dieu.

Remplir, combler les trous de l’existence, l’abîme de l’ignorance, la misère affective par le Tout du dieu et sa mise en présence par la répétition du rite.

Au concept de chien, répond , dans sa niche, l’aboiement du labrador.

Au concept de Dieu, pas d’os à ronger. Rien, dans la crypte divine, qui réponde à un réel quelconque.

Le concept de Dieu est vide.

Dans Exode 3, Moïse, sur le Mont Horeb, demande à Dieu qui il est.

Réponse circulaire, auto-référentielle, de l’Eternel : Je suis qui Je suis.

Mais, peut-être, Moïse, le prophète bégue, a-t-il, dans son trouble, raté sa profération !

Redondance du dit. Redis le donc, Moïse, encore une fois : Je suis qui je suis Je suis qui Je suis Je suis qui Je suis.

Ca bégaie toujours mais c’est divin.

Cinq fois par jour, le rite plie l’écoulement chaotique du temps dans les replis ordonnés de la colonne vertébrale, des bras et des genoux de l’orant : mise en articulations d’une réponse à efficacité immédiate, la prière, pour colmater les trous dans le savoir, suturer les blessures affectives, remplir le manque, chasser la solitude, oublier la perte.

Il n’y a de Dieu que Dieu

Le Tout Un, sans Autre, réduit, en écho, au principe de son identité, éponge le manque à être de l’orant et fait miroir. A la complexité des questions sans réponse, le vide sémantique du coffret rituel, la sobre beauté de sa liturgie ou ses fastes, le champ de son imaginaire, fixent l’impensable, stoppe le vertige de l’illimité, confine l’angoisse du sans nom du réel dans le symbole à deux sous de son algèbre de bazar, justifie, dans l’irréfutable d’un fondement,- il n’y a de Dieu que Dieu-, la course tragique et aléatoire de l’espèce humaine dans l’indifférence aveugle d’un cosmos muet et sans appui.

A l’obscur par le plus obscur, à l’ignorance par un surcroît d’ignorance. A la vacuité du concept de Dieu répond le vide de la pratique rituelle : la réitération de la prière, coups de pied forcenés de l’enfant en furie contre la porte fermée des parents qui, au mieux, dorment.

L’assoupissement et le flegme des dieux dans le retrait de l’Olympe, c’était la solution d’Epicure.

Au pire, les parents sont absents de leur chambre.

Ca ne répond pas. Mais, à la longue, taper du pied calme.

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