Bach aux barbelés

Bach se fit interdire le port de l’épée car il redoutait le désir de tuer qui, parfois, le prenait. Et, c’est à larmes blanches, que dans La Passion selon Saint–Mathieu, le chœur répond au récitant qui s’émeut des coups portés au divin Supplicié : wer hat dich so geschlagen ? Qui t’a ainsi frappé ?

Dans les lendemains promis à la mort des camps d’extermination, les SS semblent peu se soucier des droits d’exécution : public aussitôt mort que les musiciens allaient rejoindre dans les cendres. Exécutées dans la neige et les barbelés, les cantates de Bach, parcourues secrètement par la pulsion de mort.

Et pour tout compositeur juif, réduit aux aboiements des chiens, l’impossibilité physique de noter les sons qui l’obsèdent quand la composition musicale traite la quête de la voix perdue qu’il croit encore à sa portée dans la famille imaginaire des violes : ici, les cordes n’ont plus que les potences pour vibrer.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s