Le prix du sommeil pour Jules Goncourt

A l’origine du monde, c’est le chaos, le désordre sonore qui précède la manifestation des formes et des êtres. Dans la Genèse, Le brouhaha côtoie le vide, l’absence désertique, le fracas dans l’abîme. Le vocable vacarme, à son origine, n’est pas le grand tohu-bohu, discordant et désordonné des choses et des gens, mais la plainte du sujet qui ne peut se mettre à l’abri des sons qui lui broient les tympans. En moyen néerlandais, « wach-arme » est une interjection exprimant la souffrance de celui qui est tourmenté par la nature bruyante des objets sonores. « Wach-arme », pauvre de moi qui ai à subir tant de trouble et de tumulte ! Vient alors le vacarme absolument silencieux des pensées qui, jour et nuit, sous la boîte crânienne, est à la fois le sujet assourdi et l’écho retentissant du pilon du verbe en lui. Non, ça ne parle pas, ça tonne ! Nul abri où se réfugier pour ne plus entendre le boucan incessant des verbes, des adjectifs et des noms qui roulent et se suivent dans un ordre implacable, tambourins des osselets, fanfare du pavillon ! Trop optimiste, Jules Goncourt qui croit aux vertus apaisantes de la nuit, vague arme nocturne : « Pour nous faite aimer la vie, la Providence a été forcée de nous en retirer la moitié. Sans le sommeil, qui est la mort temporaire du chagrin et de la souffrance, l’homme ne patienterait pas jusqu’au trépas.»

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