L’araignée de Monsieur de Lauzun

L’araignée ne connaît que le monde de sa toile, sa vie ne tient qu’à un fil, qu’elle tire, de soie. Helvétius évoque, dans De l’Esprit, ce trait de la vie de Monsieur de Lauzun, emprisonné à la Bastille. Là, sans livres, sans occupation, en proie à l’ennui et à l’horreur de la prison, le détenu s’avise d’apprivoiser une araignée, seule consolation qui lui reste dans son malheur. Le gouverneur de la Bastille, par une inhumanité propre aux hommes habitués à voir des malheureux, écrase cette araignée, laissant le prisonnier dans la désolation la plus atroce. Il n’est point de mère, dit Helvétius, que la mort de son enfant n’affecte d‘une douleur plus violente. Pourquoi cette conformité de réactions pour des êtres si différents ? Le plus souvent, peu importe la nature de l’objet, on ne pleure, avec sa disparition, que l’ennui et le désoeuvrement où l’on tombe. Ainsi, dans le recoin d’une geôle, l’art est nié qui voit d’ordinaire, dans l’œuvre patiemment tissée, la sublimation des pulsions : écrire, en fait, ne serait qu’un remède à l’oisiveté et au bourdon, l’occupation, en lignes, d’un embastillé du verbe !

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