Dans le cercle d’Hadrien

Cercle.

Vicieux, par principe .

Les sceptiques grecs  l’appellent diallèle, ce cercle vicieux de la pensée : faire entrer dans une définition le mot même à définir.

Ainsi, la méchanceté: c’est ce qui fait qu’un être est méchant.

Pas méchant comme cercle, mais cercle vicieux quand même.

C’est Rousseau, dans ses Lettres écrites de la Montagne, qui met en évidence le cercle vicieux des miracles et de la Révélation  :

 « Puisque ces Messieurs veulent que le miracle serve de preuve à la Révélation, ils ne doivent pas employer l’autorité de la Révélation pour constater le miracle. »

Après avoir prouvé la doctrine par le miracle, il faut prouver le miracle par la doctrine !

Mais passons.

Il faut maintenant prendre de la hauteur, et restant quand même dans le bastion de la chrétienté, s’approcher d’un autre cercle, celui qui, à Rome, coiffe le sommet de la coupole du Panthéon.

Dans les Mémoires d’Hadrien, Marguerite Yourcenar fait parler l’empereur architecte qui voulait, avec cet ouvrage, inscrire le microcosme dans le macrocosme, métaphore stoïcienne de l’harmonie de l’homme dans l’univers. Temple, dédié à tous les dieux, aux dimensions parfaites : sphère de 43,30 m de diamètre sur une hauteur égale de 43,30m, avec un oculus de 8,7 m de circonférence, ouvert sur le ciel et seule source de lumière pour l ‘édifice, la pluie s’y engouffrant en cas de mauvais temps, eau lustrale tombant sur les épaules des hommes pour un baptême païen .

Oculus, orbite vide du ciel vide des arrières mondes.

Anneau que la divinité déserte.

C’est ainsi qu’Hadrien le voit, ce cercle, coiffant la coupole de son temple qu’il conçoit comme un cadran solaire dont toutes les heures blessent et que la dernière achève sans espoir d’être entendu par des dieux, indifférents et parfaits, tout occupés à jouir de leur autarcie extatique.

« J’avais voulu que ce sanctuaire de tous les dieux reproduisît la forme du globe terrestre et de la sphère stellaire, du globe où se renferment les semences du feu éternel, de la sphère creuse qui contient tout…La coupole, construite d’une lave dure et légère qui semblait participer encore au mouvement ascendant des flammes, communiquait avec le ciel par un grand trou alternativement noir et bleu. Ce temple ouvert et secret était conçu comme un cadran solaire. Les heures tourneraient en rond sur ces caissons soigneusement polis par des artisans grecs ; le disque du jour y resterait suspendu comme un bouclier d’or ; la pluie formerait sur le pavement une flaque pure ; la prière s’échapperait comme une fumée vers ce vide où nous mettons les dieux. »

Rien à attendre, rien à voir : les dieux ne sont là pour personne .

A moins de faire partie de leur cercle, très fermé: rien à espérer d’eux.

Adieu, Hadrien ! Loué sois-tu d’avoir, pour ton Panthéon, corrigé toi-même les plans trop timides de l’architecte Apollodore en  remontant, pour la structure même de l’édifice, aux temples ronds de l’Etrurie antique !

Se dire que le cercle de ses amis est très restreint, oculus ouvert sur peu d’espace, mais qu’après tout, le cercle parfait de la lune ne durant qu’une nuit, la minceur d’un cénacle vaut mieux, à tout prendre, que l’extension d’un entourage, gage, à coup sûr, de souffrances et de désagréments liés au foisonnement du multiple.

Vivre : cirque qu’on fait rance à force de tourner en rond.

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