La classe de Wittgenstein

La classe de Wittgenstein. En novembre 1918, au cours de la déroute des armées austro-hongroises, il est fait prisonnier sur le front Sud par une unité italienne et transféré au camp de prisonniers de Monte Cassino. Lors de sa capture, il portait, dans son sac de campagne, le manuscrit du Tractatus, comme Pascal portait , dans la doublure de ses vêtements, le texte du Mémorial, la trace de cet hapax existentiel de la nuit du 23 novembre 1654 au cours de laquelle Dieu ne se dit pas mais se montre à lui. Ayant abandonné tout espoir d’être reconnu à sa juste place dans l’univers des philosophes – ni Russel ni Frege ne comprennent rien à ce qu’il a voulu dire dans son Tractatus – Wittgenstein est profondément déprimé et décide, au cours de sa captivité, de devenir instituteur. Pendant six ans, de 1920 à 1926, il enseignera dans les bourgades pauvres de Trattenbach, Puchberg et Otterthal, à des enfants dont les parents, paysans bornés et frustes, ne comprennent rien à la pédagogie étrange de ce grand bourgeois viennois, perdu dans les bois et les montagnes de Basse-Autriche. Il veut faire découvrir les mathématiques supérieures à des élèves de cours élémentaire, les initier aux styles architecturaux, à la botanique et à la géologie. Il dissèque un écureuil, reconstitue le squelette d’un renard, fabrique des maquettes de moteurs à vapeur. La classe de Wittgenstein. Mais il est si étranger à la bêtise et si impatient devant l’ignorance qu’il frappe violemment une fillette, trop lente dans la résolution d’un problème, au point de la faire saigner de l’oreille, cogne la tête d’un garçon de 11 ans qui perd connaissance. Poursuivi par les parents, il est contraint à la démission. Malheureux et désespéré, Wittgenstein se réfugie dans un monastère près de Vienne où, à défaut de devenir moine, il se fait jardinier. Pendant trois ans, de 26 à 29, il construira pour sa sœur Margarete, une maison de trois étages et de vingt-sept pièces, dans le troisième arrondissement de la capitale viennoise .Cube neutre, simple ,sans style, exercice architectural subtil qui joue admirablement sur les limites de l’intérieur et de l’extérieur, de l’ouvert et du fermé : la classe de Wittgenstein.

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