Barbare

Est barbare celui qui fait du bruit avec sa bouche au lieu de parler grec. Il n’y a qu’une langue pour les grecs,  la leur : le logos.

Ceux qui disent blabla ou le son confus des oiseaux, quelque chose qu’on ne comprend pas : barbares.

Pas seulement les ennemis majeurs d’Athènes, les armées de Darius, les Perses, mais tous les peuples qui ne parlent pas le logos .

Les hommes du lointain qui ignorent la conduite juste.

Barbare, bruit de celui qui produit un son inintelligible pour le grec. Bruit de la bouche d’un étranger, bruit  qu’il ne cherche pas à comprendre, d’ailleurs.

On dit barbaros.

Les Latins diront barbarus. Puis s’éloigneront des Grecs quant à la définition de la barbarie.

Pour eux, ce sera le couple humanitas/feritas : humanité/bestialité qui permettra de distinguer entre civilisé et barbare .

Humanité, soit la nature politique, juridique de l’être humain, la communauté publique avec ses institutions, ses droits et ses devoirs.

Le barbare n’est plus l’étranger qui méconnaît le logos mais celui qui porte préjudice à la société humaine soutenue par Rome.

« Il nous faut honorer, conserver et maintenir intacte cette union cette société commune à tout le genre humain. Si nous sommes disposés à dépouiller et à léser autrui à notre profit, la société du genre humain, qui est par dessus tout conforme à la nature, doit nécessairement se corrompre. » Cicéron. De Officiis

Bestialité. Pas la férocité animale, conforme au cours de la nature, mais la bestialité humaine, cette force destructrice interne qui autorise la tyrannie et toutes les formes de violence.

Bachar el- Assad est barbare non parce qu’il ne parle pas grec mais parce qu’il lèse autrui à son profit, recourt à la tyrannie et détruit son peuple .

Feritas, bestialité humaine, barbarie.

Il pense qu’il a étudié le grec et qu’il ne peut, à ce titre, être considéré comme un barbare . Il s’est frotté au logos. Il n’est plus dans l’onomatopée et le son confus des oiseaux.

Il pense qu’il n’est pas dans la férocité.

Il connaît une Perse dont il ne dirait pas, même si elle ne parle pas grec, qu’elle est une barbare. La langue de cette femme, maintenant matinée dans la latine de la ville de Bologne, a toute l’humanité de la société commune au genre humain.

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Babil

Lacan tire la langue en son palais freudien jusqu’à la fabrication de lalangue, concept baroque et chantant de la jouissance de l’enfant qui ne parle pas encore mais s’amuse de ses seuls sons, laissant au vestiaire, et le sens et la communication.

La lalangue trouve son lait , sa nourrice, dans la lallation, ces balbutiements premiers du nourrisson, sa lactation verbale, le gazouillis des premiers moments de la vie.

C’est le babil, le jasis, le pur plaisir de la vocalisation.

La lalangue, c’est, comme une eau qui s’écoule sans retenue, l’imprégnation du désir dans le langage.

Vouloir explorer le babil, c’est un travail de mémoire impossible car c’est dans la langue que se disent les images du passé, les souvenirs marquants, les quelques moments heureux, les rencontres insolites.

Dans le langage articulé.

Ce n’est pas dans le gazouillis des émois du premier moi, dans la solitude du parc à tourner en rond avec, pour seule compagnie, le bruit phonématique des chuintantes et des sourdes qui sourd sous les joues.

Dans ce jasement de bouche, rien qui ne soit discriminant : seul le choc des timbres qui se heurtent, se frôlent, s’écartent ou s’unissent dans une tonalité nouvelle, petits atomes sonores qui ne disent d’une âme, en son essor, que les linéaments de son style.

L’aperception confuse et colorée de ce qui sera , pour cette âme , plus tard, sa parole.

Ce n’est pas dans ce ramage là, à jamais oublié et perdu, celui des premiers pas de la langue , comme il en sera , bientôt, des premiers essais à la station debout et, sans les mains, à la marche, ce n’est pas dans ces murmures à soi offerts comme consolation et accompagnement de la solitude qu’il faut espérer trouver quelque indice d’une sollicitude maternelle .

Il pense que son amour de la langue tient à l’intensité de son babil, à cette bouillie sonore, tournée et retournée , à souhait, dans sa bouche.

La poésie: le ronron de ce langage du babil.

Il a dû beaucoup bruire pour, entre entre les barreaux du lit, tenir tête au cliquetis des ciseaux du salon de coiffure dans lequel s’affairait sa mère, tenue d’avantage à la jacasserie de sa clientèle qu’à la lallation de son nourri/son.

Pas de mèche avec elle

Permanente

Absence.