Babil

Lacan tire la langue en son palais freudien jusqu’à la fabrication de lalangue, concept baroque et chantant de la jouissance de l’enfant qui ne parle pas encore mais s’amuse de ses seuls sons, laissant au vestiaire, et le sens et la communication.

La lalangue trouve son lait , sa nourrice, dans la lallation, ces balbutiements premiers du nourrisson, sa lactation verbale, le gazouillis des premiers moments de la vie.

C’est le babil, le jasis, le pur plaisir de la vocalisation.

La lalangue, c’est, comme une eau qui s’écoule sans retenue, l’imprégnation du désir dans le langage.

Vouloir explorer le babil, c’est un travail de mémoire impossible car c’est dans la langue que se disent les images du passé, les souvenirs marquants, les quelques moments heureux, les rencontres insolites.

Dans le langage articulé.

Ce n’est pas dans le gazouillis des émois du premier moi, dans la solitude du parc à tourner en rond avec, pour seule compagnie, le bruit phonématique des chuintantes et des sourdes qui sourd sous les joues.

Dans ce jasement de bouche, rien qui ne soit discriminant : seul le choc des timbres qui se heurtent, se frôlent, s’écartent ou s’unissent dans une tonalité nouvelle, petits atomes sonores qui ne disent d’une âme, en son essor, que les linéaments de son style.

L’aperception confuse et colorée de ce qui sera , pour cette âme , plus tard, sa parole.

Ce n’est pas dans ce ramage là, à jamais oublié et perdu, celui des premiers pas de la langue , comme il en sera , bientôt, des premiers essais à la station debout et, sans les mains, à la marche, ce n’est pas dans ces murmures à soi offerts comme consolation et accompagnement de la solitude qu’il faut espérer trouver quelque indice d’une sollicitude maternelle .

Il pense que son amour de la langue tient à l’intensité de son babil, à cette bouillie sonore, tournée et retournée , à souhait, dans sa bouche.

La poésie: le ronron de ce langage du babil.

Il a dû beaucoup bruire pour, entre entre les barreaux du lit, tenir tête au cliquetis des ciseaux du salon de coiffure dans lequel s’affairait sa mère, tenue d’avantage à la jacasserie de sa clientèle qu’à la lallation de son nourri/son.

Pas de mèche avec elle

Permanente

Absence.

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