Le tintouin de la pénultième

Analogie

Il disait : pensée obsédante et il tombe, par hasard, sur le poème en prose de Mallarmé : « Le démon de l’analogie » Il n’y comprend rien. Chacun a vécu ces moments dans lesquels l’esprit est occupé- c’est bien le terme : occupation militaire- par un air de musique, un refrain, un mot qui revient sans cesse et dont il est impossible de se défaire.

Ainsi commence le poème de Mallarmé : 

« Des paroles inconnues chantèrent-elles sur vos lèvres, lambeaux maudits d’une phrase absurde ? 

Questionnement qui fait écho au constat désabusé d’Edgard Poe dans son « Démon de la perversité » :

« C’est une chose tout à fait ordinaire que d’avoir les oreilles fatiguées ou plutôt la mémoire obsédée par une espèce de tintouin, par le refrain d’une chanson vulgaire ou par quelques lambeaux insignifiants d’opéra. »

Et quel est donc ce lambeau de phrase qui provoque un tintamarre dans la tête du poète ? Le voici, cet éclat du tourment : « La pénultième est morte »

Mon Dieu ! La pénultième, soit l’avant dernière syllabe d’un vocable. Et à l’image des poupées russes- démon de l’analogie !- c’est « nul » qui joue le rôle de pénultième dans « la pénultième est morte ! » Glissement du motif linguistique au motif funèbre : de l’adjectif du zéro et de l’absence à la réalité de la mort car la « pénultième », elle-même, implique l’idée d’achèvement et convoque celle de la finitude.

L’avant dernière avant le trou.

Qu’est-ce donc alors que cette idée obsédante de « La pénultième est morte » ?

Inexplicable , dit le poète, qui résolut de laisser les mots de triste nature errer eux-mêmes sur sa bouche non sans le secret espoir de l’ensevelir par l’amplification de la psalmodie.

Se le dire ad nauseam, ce lambeau et ,qu’à la fin, il cède…

Il se disait, à tout prendre, quitte à se laisser envahir par un ritournelle mallarméenne, qu’il préférerait le harcèlement du bibelot aboli d’inanité sonore à celui de la pénultième est morte.

Mais avait-il, en ce lieu, le choix du tintouin , lui, pour qui, chaque heure était la pénultième d’une syllabe sans résolution  possible ! Temps infini de la claustration et de l’abandon .

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