Fauve qui peut

Le parc en bois du petit Raphaël est un parc à barreaux amovibles. Il s’y déplace, comme un fauve en cage qui n’aurait plus, de la savane, que le souvenir estompé de l’herbe sèche et des nuits de traque sous la lune rase. Ses proies, à lui, sont des cubes de plastic, des autos, des bouts de musique enchâssés dans des livres durs. Son index gauche gratte toute surface polie comme source possible de vie, trace à élaborer de son passage tactile sur la dureté industrielle. Il se hisse , de guingois, à la force du poignet, et titubant, passe une tête à hauteur de demi-homme: ses yeux n’ont pas l’éclat de ceux des félins qui sentent, imminente, la déchirure des os et le flux du sang de leur victime sous le silex de leurs crocs : ils guettent, eux, étonnés et immensément doux, l’approbation parentale de l’effort d’élévation qu’il a fourni pour se dresser jusqu’à la verticalité de la civilisation. Sa liberté de déplacement se mesure au carré de sa clôture de menuiserie. Un jour, le père, décide, par jeu, d’ôter quatre barreaux à l’enceinte, offrant, gouffre de liberté dans l’enclos de la contrainte, une découpe à traverser, un vide où se faufiler. L’enfant laisse ouverte la porte et ne passe pas la main à travers l’espace dégagé pour récupérer la balle qui se trouve, maintenant, à l’extérieur. L’univers est déjà barré, pour Raphaël, à l’échelle de son parc. Chesterton l’a dit dans Orthodoxie : « Vous pouvez délivrer un tigre des barreaux de sa cage ; vous ne pouvez pas le délivrer de ses rayures. »

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