Mes anges, au zèle des toiles

La Transfiguration biblique, c’est ce moment où, sur le Mont Thabor, Jésus laisse, un instant, percevoir à Pierre, Jacques et Jean, l’éclat de sa divinité, ce corps glorieux qu’ils sont appelés, eux-aussi à connaître, quand ils auront, grâce à la Résurrection de leur maître, traversé l’épreuve de la mort. Les deux dernières années de sa vie, Raphaël travaille à sa Transfiguration, tableau commandé, en 1516 , par le cardinal Jules de Médicis pour la cathédrale de Narbonne. Pas de surface vraiment belle sans terrifiante profondeur : dans la partie inférieure de la toile, la douleur de l’enfant épileptique, possédé du diable, que les apôtres impuissants ne peuvent guérir et dont les bras tendus , désignent , dans la partie supérieure, le Christ , en gloire, flottant dans une aura de lumière, seul capable de chasser du coeur de l’enfant le démon qui l’étreint. Il faut le désespoir et l’angoisse des disciples, l’image en miroir de l’éternelle douleur originelle, dit Nietzsche, pour que , de ce Christ flamboyant, dont un vent improbable impose à la robe le sublime du drapé, s’élève un nouveau monde d’apparence, celui de la peinture, vaste et radieux suspens de lumière dans la plus pure des félicités, auquel, les yeux grands ouverts, et maintenant libres de toute douleur, nous pouvons accéder. Métamorphose, transformation du démoniaque, du tourment nécessaire, de l’arrière-fond pulsionnel, en vision libératrice. Avant Raphaël, vers 1440, dans une cellule du couvent St Marc à Florence, Fra Angélico place son Sauveur, auréolé d’un nimbe crucifère, dans une grande sphère d’un blanc éblouissant, reposant elle-même sur un fond d’or. Les pieds sur un rocher, il étend les bras qui, traversant l’enveloppe divine, touchent au vide profane. Tout éclate dans cette Transfiguration. St Pierre, se couvrant le visage , nous regarde, pris dans le saisissement de la scène. St Jacques, de dos, lève la main pour se protéger de l’éclat de la lumière et tente, en vain, de se lever. St Jean, à genoux, prie, les yeux sur les pieds de son Dieu. Aucune trace , dans ce tableau, d’une transmutation de l‘éternelle douleur originaire, de la souffrance du monde, des forces hostiles de la sphère dionysiaque en vaste et radieux suspens de lumière…N’apparaît ici que la lumineuse et éternelle beauté d’un tableau divin. Quand se manifeste, pour la première fois, sur le visage d’un nouveau-né, l’esquisse d’un sourire, c’est déjà une Transfiguration, et si, sans doute, elle n’a rien de divin, elle se rapproche cependant d’avantage de la toile de Fra Angélico que de celle de Raphaël car les puissances démoniaques n’ont pas encore eu le temps de posséder cet enfant que, seule encore, l’innocence de l’ange possède.

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