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Rogné

Issue

acrylique sur papier

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Sac et cage

Le vrai saccage, ce sont les sacs! Les sacs Vuitton, je les trouve Vuilains mais vilains et ça fait des siècles que ça dure!

La cage, c’est celle ouverte de la fondation du même nom où je serais volontiers restée enfermée. Je m’y suis sentie tellement bien! Trois heures et quelques à monter et descendre, à  me perdre, à écouter les commentaires, à regarder les enfants jouer sur la terrasse. Du plaisir en barre!

« Oh, je suis déçu, il n’y a pas de bar en terrasse ». C’est vrai que c’est bien, monsieur, de se prélasser en sirotant sur les hauteurs mais là ça ne manque pas. De tous côtés, on peut se nourrir.

La Défense laisse tomber la garde et se révèle new yorkaise à surplomber la canopée du jardin d’acclimatation. Les voiles au-dessus des têtes invitent à l’envol.

J’adore Franck Gehry!!! Complètement groupie. Ce n’est pas juste beau, inventif, original, ingénieux, son travail offre du plaisir. Et ça, donner en partage du plaisir, c’est le fait des grands!

Mais comme je ne peux pas m’empêcher d’être un peu garce… Je m’interroge sur les motivations de l’artiste qui l’ont poussé à ces points de vue sur la Tour Eiffel. Il faut un peu la chercher. D’un côté, elle apparaît voilée derrière les « tentures » de la terrasse, presque cachée; d’un autre elle prend place dans une niche qui semble conçue pour elle mais qui la cadre de très prés, l’inscrivant dans un tout petit rectangle. Désir de la ramener à sa juste place? Elégance de l’architecte du XXIème siècle qui concède un beau cadre à la vieille dame de fer? Ou juste indifférence de l’artiste en marche qui ne joue plus dans la même catégorie? A votre avis?

Agnès C…dit

L’affaire est dans le sac

C’est un nuage d’acier, de béton fibré et de bois qui se déplace au dessus de la canopée du Bois de Boulogne, vaisseau aux douze voiles de verre laiteux, filant , immobile, au vent silencieux de la beauté et du charme de l’enfance. Métamorphose du désir et de la rêverie vague des jeunes années. L’architecte Frank Gehry raconte qu’il faut chercher l’origine de son projet de la Fondation Vuitton chez sa grand-mère ! Cette dernière, en effet, utilisait sa baignoire, comme piscine, pour conserver au frais les carpes destinées à être farcies pour le dîner du sabbat ! Pratique régulière qui, chaque fois, transportait l’enfant dans un univers magique d’enchantement et de songes, tant sa fascination pour les ondulations et les trajectoires en zigzags, toujours inattendues, des poissons dont il observait, pendant des heures, le ballet silencieux, était intense. Temps perdu pour la production, diraient les tenants de la rentabilité, mais temps limpide et mouvant de la poésie dont, heureusement, le petit Frank n’est pas guéri, lui, ce vieil architecte qui ne cesse de relire la Recherche du temps perdu et de dire son admiration pour le sens de la construction chez son auteur de prédilection. Volume pour volumes, même génie dans la capture de la lumière chez l’architecte que dans l’exploration des intermittences du coeur chez l’écrivain. Marcel Proust, en effet, a souvent, lui-aussi, parcouru, à pieds et entre les lignes, le Jardin d’Acclimatation, ce parc exotique, auquel est maintenant arrimé le navire-musée de 46 mètres de hauteur et de 156 mètres de long de la Fondation Vuitton! A l’origine, au I9°siècle, ce jardin était un espace chargé d’acclimater les espèces animales et humaines étrangères au climat de la civilisation, bêtes et hommes exhibés derrière des grilles, et le narrateur d’A l’ombre des jeunes filles en fleurs, fier de descendre, aux côtés d’Odette Swann, l’allée des Acacias, dans la victoria, que tirent, superbes, deux chevaux noirs, ce narrateur, donc, se fait une joie d’aller observer les Cinghalais, ces sauvages du bout du monde, exhibés à la curiosité condescendante de la bourgeoisie parisienne. Pur spectacle de la nature brute, délocalisation de la jungle, apprivoisement de la barbarie. Aujourd’hui, renversement des rôles, c’est, à la culture sophistiquée de l’insignifiance et du vide de l’art contemporain- l’affaire est dans le sac- qu’il faut désormais acclimater l’espèce humaine en la menant en bateau sur cet immobile et somptueux voilier dont le souffle, propulsé dans les voiles de verre, surgit de la poitrine incandescente d’un enfant, ébloui par la valse sinueuse d’une carpe promise au sacrifice.

Extrait du Front de Wittgenstein

Je ne dis du monde que ce que le monde , en moi , mendie: des restes. Le monde n’est pas un miracle: je n’ai pas à m’étonner de l’existence du monde, car je ne puis imaginer qu’il puisse ne pas être. Ce qui est miraculeux, du monde, c’est que je puisse en énoncer les faits. Mais pas plus. Impossibilité de passer du domaine des faits au domaine des valeurs. Vouloir dire quelque chose de définitif du sens de la vie, c’est donner du front contre les bornes du langage.

C’est ça, l’éthique: donner du front contre les bornes du langage. Un mari, abandonné par sa femme, se tue et emporte avec lui ses deux petites filles dans la mort. On dira que c’est mal, mais ce jugement n’ajoutera rien à notre savoir. Rien, ici, n’aura été dit de vrai sinon la propension de l’esprit humain à vouloir donner du sens.

L’homme est mis en tropes mais il n’en veut rien savoir et déverse , à grands seaux, du sens sur l’univers qui l’englobe.

Le monde est indifférent.

Le monde est tout ce qui arrive et aucun jugement moral ne pourra en modifier l’ordonnance.

Le monde de la langue n’est pas la langue du monde.

Immaculée conception

Etourdi et fôlatre, l’archange Gabriel se trompe de Fallope et, l’aile en rut, s’égare dans le pavillon d’une vierge!

L’orgasme de Marie chavire aussi les anges dans un chapelet de plumes et de poudre d’or.

C’est Gabriel, qui d’une aile trempée au kérosène, fait, sur leur base, vaciller les Twin Towers.

Qu’une vierge accouche de son Créateur, voilà un tour de passe-passe qui n’est pas à la portée de toutes les religions.

L’Annonciation est un profond mystère. Le Protévangile de Jacques raconte l’épisode de la sage-femme qui s’exclame à l’accouchement: « Une vierge a  enfanté, contrairement à la nature! » Survient alors Salomé, une pieuse femme incrédule qui scrute du doigt la nature de Marie et se retrouve la main desséchée, main qui sera guérie quand elle touchera le nouveau-né! La Vulve gâte!

L'irrévérence

L’irrévérence

E CHE HOMO

Au soldat bolivien, Mario Teran, qui est chargé de l’exécuter dans la cour de la petite école de la Higuera, Ernesto Che Guévara aurait dit: « Sois tranquille et vise bien , tu ne vas tuer qu’un homme. » Tremblant de tous ses membres et baissant la tête, le sous-officier tire une rafale dans les jambes et la poitrine du célèbre guérillero, lui épargnant le visage. Les yeux ouverts, un sourire légèrement ironique aux lèvres, le corps du Che sera déposé sur le lavoir de la ville de Vallegrande. Le mode d’exposition du cadavre, allongé sur une civière en ciment, renvoie dans sa dimension picturale, au tableau de Mantegna, de 1480: Lamentation sur le Christ mort. On y voit le sauveur -Ecce Homo-, étendu sur un lit de marbre, placé de face, dans une perspective centrale, depuis les pieds jusqu’à la tête. E Che Homo, également pour Guévara, par superposition de la figure christique du  héros de la révolution cubaine:  jambes et bras troués par les balles, impacts sur la poitrine. Deux hommes jeunes, morts de mort violente, sauveurs, chacun à leur manière, l’un pour un bonheur céleste et éternel, l’autre pour une vie supposée meilleure ici-bas. Ironie de l’Histoire, l’exécuteur du Che, Mario Teran, souffrira , vieux, d’une sévère cataracte et ira, en 2007, se faire soigner par des médecins cubains qui …lui rendront la vue! Celui qui , horrifié par son geste meurtrier, fermera les yeux quand il abattra, quarante ans plutôt le célèbre Commandante- dont les paupières resteront ouvertes dans la mort-, ce vieux soldat, rongé par la culpabilité et l’angoisse permanente d’une mort violente, par une vengeance d’Etat, pourra de nouveau contempler la splendeur des palmiers-royaux et le vol somptueux des vautours dans le ciel des Caraïbes: miracle laïc de charité castriste.

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Promenade! Mets ta physique!

Saint-Anselme affirme que Dieu est l’être tel que rien de plus grand ne peut être pensé. Mais Dieu ne soutient pas, lui, qu’Anselme est l’être tel que rien de plus petit ne peut être conçu! Honte au logis! La preuve de l’existence de Dieu, c’est dans la hutte humaine qu’elle se concocte, pas dans les cieux! On n’a encore jamais vu un Dieu établir la preuve de l’existence de l’homme!

Laisse en ciel, traînée ombilicale de la croyance en Dieu.

Dans l’univers, la terre est un pixel, une tête d’épingle qui se pique de rendre compte de l’ensemble astronomique qui l’engloble. Et sur cette terre, une conscience, sur presque neuf milliards de consciences, luciole tremblotante qui  bientôt va s’éteindre sans laisser derrière elle le moindre éclat de lumière.

L’univers se donne à une conscience qui en fait le tour sans sourciller. Mais le temps, l’espace et la causalité brodent déjà pour elle le motif dont elle se croit la dentellière.

Donner du sens au monde apaise la soif de l’homme mais n’altère en rien le cours des rivières.

L’univers n’a d’yeux que pour sa course aux astres souverains.

Il n’y a pas de désert si vaste qui vaille à l’horizon l’espace sans limites de la désolation.

Dieu, peu d’être. Satan, certes Un.

Pour Epicure

Métabolisme hormonal, circulation sanguine, fonction digestive, cardiaque et viscérale, tout ce travail des petites mains du prolétariat de l’esprit.

Pas d’esprit sur le pont sans le corps en sa soute.

Pas un son dans le cosmos sinon, dans la forge de l’oreille, le battement sourd de petits osselets, un peu marteaux sur les bords.

La parole de Dieu: combien de mégahertz?