Au ciel, Yahvé personne

Moïse, dans sa corbeille en papyrus, flotte parmi les roseaux. Ainsi naît le judaïsme qui plonge ses racines dans la détresse d’un enfant laissé aux seuls bras du Nil. Vague petit pharaon de pacotille. Londres, 1939, 20 , Maresfield Gardens. Freud est au bout du rouleau de la Torah avec son Moïse et le monothéisme. Le cancer de la mâchoire tient parole. La morphine, dans sa seringue, attend son heure. Psychanalyse, politique de l’ascèse vide. Le dit vain de l’analyste, le dit vent de l’analysant : une synagogue à deux pour un Dieu aux abonnés absents. Quelle douche, en 1942, pour Rosa, Mitzi, Dolphi et Paula quand, pour une dernière fois, les mains des quatre sœurs de Freud se lèvent en vain vers un ciel de plomb ! Comment, dans la chambre à gaz, Yahvé se glissait-il dans les cristaux du Zyclon B pour asphyxier la Loi mosaïque dans le cœur de ces vieilles femmes, coupables d’être juives, coupables d’être vieilles, coupables de porter le nom de celui qui, quatre années plus tôt, en Angleterre, était mort en sécurité, négligent ou trop affaibli pour s’inquiéter du sort tragique de ses sœurs, exilées de l’intérieur, à Vienne, dans la terreur nazie ? Au ciel, Yahvé personne. L’enfer, c’est la version climatisée du surmoi freudien, étendue à l’éternité.

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