Libido moriendi

Tout est achevé et inclinant la tête, il rendit l’âme. Le Christ commence par incliner la tête avant de mourir alors que d’ordinaire, c’est l’inverse qui est attendu. Il était inconcevable, sans doute, que Dieu fût à la merci de la chair comme le commun des mortels! Le Verbe haut perché sur sa croix en appelle au Père et n’en rencontre que la muette absence. La libido moriendi s’empare alors du Fils qui prétend que personne ne peut lui enlever la vie qu’il a le pouvoir de déposer ou de reprendre à sa guise. Si Dieu est cause de soi, le Christ est mort volontairement car la violence faite à son corps n’a pu le dominer que dans la mesure où il l’a voulu lui-même . Dans la théologie baroque de John Donne, la mort du Christ est le suicide modèle d’un Dieu qui édifie l’univers pour y planter son propre gibet! Ainsi la mort même doit marcher au pas du pendu.

Pressentant sa prochaine disparition, Mark Rotko choisit la lumière du jour pour rendre l’âme et meurt, lui, en inclinant la tête, les veines tailladées au-dessus du coude, laissant, écho de son sang ,« Rouge sur rouge », sa dernière oeuvre inachevée.

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